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| Le déséquilibre Nord-Sud de laccès à linformation. | ||
| Auteur: Xavier Dumont |
Date de publication: 09/2001 |
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| Localisation: Ciberthèque > Participants > fra_doc_06/cap5.html |
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Chapitre 5 INTERNET ET TIERS MONDE
Lidée développée par M. McLuhan, à la fin des années soixante, selon laquelle le monde ne serait plus quune sorte de « village global » est un mythe. Si lidée peut paraître séduisante, force est de constater que la mondialisation de la communication demeure lapanage des pays du Nord et quune partie du monde, en loccurrence le Tiers monde, est encore exclue du processus. En effet, contrairement à ce que IBM cherche à nous faire croire à grand renfort dimages denfants à la peau foncée, aux vêtements colorés ou aux yeux bridés 1 , lanalyse de la progression dInternet dans le monde a montré que la planète est encore loin dêtre câblée. Pour preuve, lors de la conférence du G7 à Bruxelles en février 1995, Thabo Mbeki, alors vice-président de lAfrique du Sud affirmait que « plus de la moitié du genre humain na jamais composé un numéro de téléphone [et que] il y a plus de lignes téléphoniques à Manhattan que dans toute lAfrique subsaharienne ». 2 1. Les info-riches et les info-pauvres Face à un développement inégal entre le Nord et le Sud, de nombreux chercheurs sinterrogent sur la manière de gérer ce qui apparaît comme un gouffre qui va souvrir entre les « info-riches » et les « info-pauvres, en particulier dans les pays du Sud, moins bien équipés en infrastructures informatiques.3 Selon A. Gresh 4, le développement dInternet néchappe pas aux logiques sociales et aux clivages entre riches et pauvres, ni en terme de contenu de linformation, ni en terme daccès à celles-ci. En effet, A. Gresh affirme que si la logique de déréglementation des communications risque daccélérer le clivage qui sépare le Nord du Sud, il nen demeure pas moins que même aux Etats-Unis le profil de linternaute est très typé dans la mesure où il sagit dun homme, blanc et à revenus élevés. Rappelant que la conception et lexpansion dInternet aux Etats-Unis ont été prises en charge par des organismes publics et des universités, M. Elie 5 affirme quun scénario libéral et non-interventionniste conduit nécessairement à un renforcement du déséquilibre de laccès à linformation. En effet, M. Elie défend lidée selon laquelle « dans les pays du Tiers monde, une frange de privilégiés, les « info-riches », disposant déquipements dont ils seront propriétaires (hommes daffaires), ou dont ils auront lusage (universitaires, fonctionnaires, responsables dONG), y auront accès. Ils pourront ainsi être beaucoup mieux informés quaujourdhui, aussi bien que leurs homologues des pays riches. Le reste de la population, les « info-pauvres », resteront aussi ignorants et donc encore plus vulnérables quaujourdhui. De plus, les pays riches ont linfrastructure et les moyens financiers et intellectuels dexploiter la moindre information qui leur est fournie par les pays pauvres alors que la masse dinformations mise à disposition par les pays riches dans beaucoup de cas ne pourra pas être vraiment exploitée faute dune infrastructure appropriée, conduisant à un véritable colonialisme électronique ». 6 Si un des arguments les plus fréquemment avancés consiste à affirmer quInternet serait une source de violentes inégalités, que le fossé se creuserait entre ceux qui auront accès à la communication et au savoir, les info-riches, et ceux qui en seraient exclus, les info-pauvres, C. Huitema défend lidée selon laquelle « il y a toutes les raisons de penser que le développement dInternet serait au contraire un puissant facteur dégalité. la distinction entre info-riches et info-pauvres existe déjà dans notre société. Laccès à linformation est plus facile pour les plus puissants, les membres des gouvernements, les responsables des multinationales. Les internautes, grâce à la puissance du réseau, pourront précisément accéder à un grand nombre dinformations qui sont actuellement hors de portée du simple citoyen. Le risque nest donc pas de créer une nouvelle classe dinfo-riches, car elle existe déjà bel et bien, mais, en augmentant le nombre de ceux qui ont accès au savoir, de rendre plus évidente la condition subalterne des info-pauvres ».7 En ce sens, R. Petrella 8 affirme quil faut empêcher dès maintenant que des populations entières de la planète, au Nord comme au Sud, naient pas accès aux réseaux et aux interactions correspondantes et que seule une intervention politique énergique et durable, mise en place par des pouvoirs publics à léchelle locale et mondiale, peut empêcher le scénario du « techno-apartheid mondial » de devenir une réalité. 2. Le déséquilibre de laccès à linformation Si la mondialisation des marchés de linformation et lextension des réseaux de communication sont à priori une chance pour que les pays du Tiers monde sortent de leur isolement, il nen demeure pas moins que le déséquilibre Nord-Sud de laccès à linformation reste une question préoccupante. Sous le terme générique daccès à linformation, nous pensons quil convient de distinguer laccès aux infrastructures physiques, laccès aux contenus et laccès aux mécanismes de production. 2.1 Laccès aux infrastructures physiques Laccès aux infrastructures physiques demeure très inégal. En effet, les projections effectuées par lUnion Internationale des Télécommunications (UIT) 9 confirment que les pays à haut revenu disposent dune part écrasante des infrastructures de base, quil sagisse de lignes téléphoniques, de satellites de communications ou de câbles transocéaniques.
Figure 8
Sil est permis de craindre que la mondialisation des réseaux ne concerne que les pays du Nord, J. Guisnel affirme que la problématique du déséquilibre Nord-Sud de laccès à linformation nest pas aussi manichéenne quon pourrait le croire : « bien des éléments peuvent au contraire accréditer lidée que, si laccès massif aux réseaux informatiques mondiaux nest certainement pas envisageable de sitôt dans les pays en voie de développement, des indices permettent danalyser plus positivement la question. En effet, des réseaux existent et se sont donnés pour fonction de faire accéder les pays du Sud à Internet dans des conditions convenables ( ) Un des remèdes au sous-équipement en matière téléphonique viendra peut être des nouveaux et extraordinaires réseaux téléphoniques satellitaires que divers consortiums internationaux sapprêtent à mettre en place. Une dizaine de projets différents sont en concurrence, qui ambitionnent tous - avec des solutions techniques variées - de remplacer les réseaux de téléphone cellulaire actuellement en service. Leur idée consiste à permettre à de petits téléphones portables de se relier directement à des satellites, sans avoir besoin de relais et dinfrastructure terrestre. On imagine aisément que les coûts dinstallation en seront réduits dautant, toutes les liaisons se déroulant dans lespace ».10 Conscient que le développement des technologies sans fil et le maillage de la planète par le biais des satellites pourraient laisser espérer un rattrapage rapide du retard technologique pour les pays moins équipés, F. Douzet affirme que « la technologie sans fil est avant tout développée pour satisfaire les besoins dune élite commerciale fortunée. La sophistication lemporte sur la recherche dun produit au moindre coût et nécessite des équipements lourds largement inaccessibles aux pays les plus pauvres ».11 En ce sens, M. Elie défend lidée selon laquelle les fournisseurs daccès se sont engagés dans une surenchère technologique pour prendre place dans un marché prometteur : « les efforts sont orientés vers la satisfaction des besoins solvables des consommateurs des pays riches et ne prennent pas en compte ceux des pays moins développés. Ils conçoivent des solutions techniques toujours plus séduisantes et coûteuses en investissement et en fonctionnement. Les techniques antérieures, souvent plus simples et plus facilement transférables, sont peu à peu délaissées ». 12 Selon P. Renaud et A. Torrès 13, la pénurie des infrastructures physiques naltère en rien la volonté des pays du Sud de sapproprier la technologie dInternet. En effet, P. Renaud et A. Torrès affirment que, contrairement à une idée répandue, Internet connaît un développement spectaculaire dans les pays du Sud : « le manque dinfrastructures entraîne un usage intensif que ne révèlent pas les chiffres bruts. Chaque accès à Internet devient une ressource précieuse. A Tunis ou à Lima, toutes les machines reliées au réseau sont utilisées, ce qui est loin dêtre le cas en Allemagne ou aux Etats-Unis. De plus le moindre ordinateur héberge des dizaines de boîtes aux lettres que les utilisateurs viendront consulter successivement ».14 Néanmoins, P. Renaud et A. Torrès rapportent que dans plusieurs pays africains, des opérateurs commerciaux, appuyés par des groupes internationaux, tentent de mettre en place des infrastructures dont les premiers bénéficiaires sont les multinationales : « il est certain que loffre de nouveaux services fiables et bon marché de télécommunication internationale ne peut que favoriser les relations commerciales entre le Nord et le Sud sans pour autant modifier les termes de léchange. Mais il est à craindre quune telle démarche ne limite les bénéfices des nouvelles technologies à une clientèle solvable. Or celle-ci, dans les pays économiquement les moins avancés, est souvent étrangère ou « exogène ». Cette politique, si elle nest pas associée à une action plus volontariste vers les secteurs non commerciaux, notamment en terme de formation, a une faible probabilité de combler le fossé tant redouté entre ceux qui sont et ceux qui ne sont pas dans la société de linformation ».15 P. Renaud et A. Torrès soulignent que contrairement aux pays du Sud, où leur introduction date du milieu des années nonante, le développement des réseaux informatiques interuniversitaires américains a commencé à la fin des années septante pour aboutir, au milieu des années quatre-vingt, à une forme réduite de ce quest Internet. Si certains voudraient faire croire que la mise à disposition de liaisons internationales à haut débit, fournies par des satellites ou des câbles sous-marins, permettrait de rattraper le retard technologique, il nen demeure pas moins que la logique du parachutage technologique na jamais profité aux bénéficiaires de laide. Selon P. Renaud et A. Torrès 16 , laccès aux contenus est une étape inséparable de laccès aux infrastructures physiques. En effet, P. Renaud et A. Torrès posent la question de savoir à quoi bon fluidifier la circulation de linformation si elle ne fait quamplifier une situation où lessentiel de la production scientifique des pays du Sud est publié en Europe et aux Etats-Unis, quil sagisse de revues scientifiques ou de données recueillies sur le terrain ? Prenant pour exemple le cas dune entreprise, B. Lanvin affirme que « accéder à linformation pertinente concernant ses marchés potentiels, ses concurrents éventuels, ses prestataires de services ou partenaires possibles est souvent avant tout un défi de contenu . Où trouver linformation sachant que celle-ci est encore souvent détenue par lun des grands fournisseurs de données et que cette situation doligopole nest pas sans conséquences pour les pays du Sud et leurs entreprises. Les bases de données les plus utiles sont souvent éloignées des utilisateurs, impliquant des coûts de communication élevés et parfois prohibitifs. Laccès sy opère le plus souvent par le biais dabonnements (souscriptions), en général inabordables pour une PME dun pays en voie de développement. De plus, les contenus de ces bases reflètent largement la réalité économique des pays riches et beaucoup moins souvent celle qui constitue lenvironnement immédiat dun entrepreneur du Tiers monde ».17 B. Lanvin défend lidée selon laquelle les choses ont changé et que laccès aux contenus se démocratise notamment grâce à Internet : « Depuis le milieu des années nonante, le paysage de laccès aux contenus sest radicalement modifié au profit des « petits acteurs », notamment des pays en développement et des PME. Certes, dans la plupart des pays du Tiers monde, les fournisseurs daccès Internet restent rares, et les coûts daccès élevés. Mais là aussi, la situation est en train de se modifier rapidement : à mesure que la demande des utilisateurs augmente, le nombre de fournisseurs daccès croît lui aussi, et la concurrence induit une sensible baisse des prix. Ce phénomène ne fera que saccélérer à mesure que la masse des utilisateurs dInternet augmentera dans ces pays ».18 R. Bissio constate que dans le domaine de laccès aux contenus, lécart entre le Nord et le Sud y est encore plus marquant : « dans les universités du Nord, les étudiants peuvent accéder gratuitement à vingt mille bases de données par le biais du réseau Internet ( ) sans quil leur en coûte un sou. Les ONG africaines, quant à elles, doivent payer jusquà un dollar la page transmise ou reçue (même sil sagit denvois publicitaires sans intérêt, ou dune demande dinformation dun chercheur du Nord qui rédige une thèse, et qui souvent nest pas assez courtois pour leur communiquer ensuite les résultats de sa recherche) ».19 Soutenant lidée que le déséquilibre Nord-Sud de laccès à linformation est largement renforcé avec Internet, M. Masse Lô défend lidée selon laquelle « les pays du Nord exercent une très forte pression pour que nous leur livrions des informations sur nos pays. Le Sud se retrouvant à nouveau au service du Nord. Et ensuite car le Nord nous submerge de concepts et de modèles de développement qui ne sont pas du tout adaptés au milieu rural de nos pays ».20 2.3 Laccès aux mécanismes de production de linformation Selon B. Lanvin 21 , la production de linformation disponible sur le réseau Internet demeure lapanage des pays du Nord. En effet, B. Lanvin affirme que « rares sont encore les sites Internet en swahili ou en guarani, ou ceux qui traitent de lartisanat du cuir au Nigeria ou du tourisme au Vietnam. Pourtant, là aussi, Internet est en train de bouleverser les réalités et les mentalités. En effet, Internet est non seulement un outil bon marché daccès à linformation, mais il est aussi un moyen de production dinformation par lequel nimporte quel acteur (privé, public, PME ou multinationale) peut diffuser ses propres informations à léchelle planétaire. La révolution, de ce point de vue, a commencé de pénétrer une grande majorité de pays en voie de développement, le plus souvent par le biais des chercheurs et des enseignants des universités. Le défi, aujourdhui, consiste pour ces pays à sortir Internet du ghetto universitaire où il a parfois tendance à stagner, en se limitant à des utilisations académiques et en ne touchant quune élite locale ».22 3. Les champs dapplication dInternet en Afrique 3.1 Léducation, la santé et la démocratisation G.O. Segond 23 voit dans les nouvelles technologies de linformation et de la communication (NTIC), dont Internet est le dernier développement, une possibilité détablir une coopération technologique avec lAfrique afin de rétablir sur ce continent un équilibre Nord-Sud de laccès à linformation. Tout en tenant compte de la diversité de la société africaine, G.O. Segond affirme que les NTIC peuvent apporter une contribution positive dans les secteurs de léducation, de la santé et de la démocratisation. En effet, G.O. Segond défend lidée selon laquelle « les NTIC sont de nature à revitaliser les échanges de lEurope avec lAfrique dans ces trois secteurs dans lintérêt mutuel des partenaires. Lappropriation de ces technologies nécessitera toutefois (comme en Europe) la mise en place de politiques volontaristes et une concertation politique euro-africaine. La focalisation des efforts dapplication des NTIC dans les trois secteurs de léducation, la santé et la démocratisation permettra également dapporter une contribution factuelle à la discussion en cours sur le rôle des NTIC dans les politiques de développement et facilitera lémergence en Afrique de la société de linformation. Pour aboutir à des résultats probants, cette politique volontariste devra accorder la priorité à des enquêtes interactives sur le besoin réel des sociétés concernées et sur les possibilités dintégration du multimédia dans le contexte culturel ( ) Cette approche implique la mise en place de plates-formes indiquant de manière constante comment améliorer, dynamiser et piloter limplantation des NTIC en Afrique. Les institutions bilatérales et multilatérales de financement devront apporter une contribution de longue haleine de manière à assurer les investissements nécessaires aux besoins spécifiques des Etats africains ( ) Il nest pas certain que le démontage brutal des monopoles de communication constitue lapproche la plus appropriée pour le développement dune société globale de linformation en Afrique : sil est évident quune libéralisation entraînera des effets favorables, elle risque de limiter laccès des NTIC aux seuls secteurs solvables de la société africaine en aggravant lécart qui sépare les couches privilégiées de lensemble de la population. Une telle approche comporte le risque dun rejet des NTIC par une majorité de la population africaine avec une diabolisation des nouvelles technologies perçues comme un nouvel instrument dasservissement ( ) Tout en redonnant un nouveau sens au dialogue euro-africain, la prise en charge des NTIC en Afrique par les partenaires publics européens garantirait lappropriation progressive par les citoyens africains de ces nouveaux instruments dinformation et de communication ».24 3.2 Lenseignement et la recherche Selon P. Renaud et A. Torrès, lassociation de lAfrique à Internet reste modeste dans la mesure où les services quoffre le réseau se réduisent souvent à léchange de courrier électronique : « les coûts des télécommunications y sont trop élevés pour que les usagers puissent se généraliser, même au sein de la communauté des chercheurs et des universitaires. Problème classique du sous-développement, la faible densité des utilisateurs ne permet pas dexploiter, comme au Nord, des liaisons spécialisées à coût forfaitaire qui permettraient précisément denclencher un cercle vertueux. Les technologies dInternet rendent cependant possible à des établissements partageant une unique ligne téléphonique entre cinquante enseignants et chercheurs et dix administratifs douvrir à chacun une boîte aux lettres électronique. Cette dernière leur permettra de rester en contact étroit avec la communauté scientifique internationale. Ainsi disparaîtrait peu à peu le pouvoir dont usaient certaines hiérarchies de donner des « faveurs » à travers laccès au téléphone ou à la télécopie ».25 P. Renaud et A. Torrès 26 affirment que la diffusion dInternet, tant dans le domaine de lenseignement que de celui de la recherche, est loin dêtre sans utilité. En effet, P. Renaud et A. Torrès défendent lidée selon laquelle, loin dêtre un remède miracle ou un raccourci sur la voie du développement, Internet peut être envisagé comme une possibilité réelle de limiter la « fuite des cerveaux ». Internet est en mesure de transformer radicalement le travail des chercheurs africains : « pour la première fois, dans les pays les plus pauvres et les moins avancés technologiquement, il serait possible daccéder à toute la richesse informationnelle des centres de recherche et des universités les plus avancées du Nord. Il ne sagit pas simplement de consulter des banques documentaires ou des encyclopédies, ni de visiter des musées virtuels. Internet est de plus en plus un moyen privilégié, voir exclusif, pour accéder à la production scientifique courante : thèses et rapports de recherche dans leurs versions intégrales, programmes de recherche des laboratoires, composition des équipes et adresse électronique de leurs membres ».27 Si une équité dans laccès à linformation et à la connaissance reste possible, M. Elie affirme que « pour infléchir le scénario libéral, il faudrait que les Etats, les collectivités locales, les organisations internationales, les ONG et les associations de développement local prennent conscience de lenjeu. Les agents économiques locaux devraient être dotés des moyens de communiquer et daccéder à linformation relative à leurs activités. Les structures de lEtat et les organismes internationaux chargés de laide au développement devraient être sollicités non seulement pour contribuer à mettre en place linfrastructure nécessaire mais aussi pour inciter à la conception dapplications adaptées à la spécificité et à lintérêt de chaque pays. Des informations, des suggestions, le retour dexpérience des utilisateurs seraient collectés et exploités. Les acteurs locaux se sentiraient partie prenante et pourraient avoir linitiative de services nouveaux adaptés à leurs besoins. Le courrier électronique permettrait des échanges rapides, économiques et fiables, dinformation à grande distance suppléant les défaillances des services postaux dans ces pays. Les conférences électroniques permettraient de faire participer aux discussions et aux décisions des personnes qui nauraient pu se déplacer et de mener à bien des projets de développement régionaux impliquant éventuellement des partenaires de pays riches. Au niveau international, un effort devrait être fait pour inciter les principaux fournisseurs à proposer informations et logiciels dans les langues dusage des différents pays ».28 Conclusion Ayant attiré lattention sur le fait que nous manquons cruellement de données statistiques au niveau international et que la création dun organisme neutre, composé de spécialistes du développement dInternet, ne pourrait être quun organisme utile à la compréhension du phénomène, une corrélation semble toutefois exister entre dune part, une forte pénétration dInternet et dautre part, louverture démocratique dun régime, son ouverture vers lextérieur et sa pratique courante de langlais. Néanmoins, contrairement à lidée répandue selon laquelle le monde ne serait plus quun « village global », la mondialisation de la communication demeure lapanage des pays du Nord dans la mesure où ceux-ci ont tendance à protéger leurs technologies de pointe. Un scénario néo-libéral conduit inévitablement à un renforcement du déséquilibre Nord-Sud de laccès à linformation parce que la sophistication technologique lemporte bien souvent sur la recherche dun produit à moindre coût. Dès lors, pour éviter que seule une élite, au Nord comme au Sud, nait accès à linformation, nous pensons quune régulation au niveau international pourrait engendrer une amélioration du déséquilibre Nord-Sud de laccès à linformation. Si Internet porte en lui une réelle possibilité dêtre un vecteur de culture et de connaissance et si les nouvelles technologies dinformation et de communication sont une chance pour remédier aux carences en infrastructures de base dans les pays du Sud, et plus particulièrement en Afrique, nous devons rester vigilant afin quInternet ne soit pas utilisé au détriment des pays du Sud car il est à craindre que les projets de certaines multinationales nenvisagent de câbler les pays du Sud que dans une logique de pénétration de marché ou pire afin dexploiter les ressources du Sud. 1- F. Douzet, « Internet géopolitise le monde » dans Hérodote, n°86-87, 3e et 4e trimestre 1997, p. 224. 2- Conférence du G7 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Canada) cité par A. Torrès, « Une nouvelle vassalisation », dans Internet lextase et leffroi, Le Monde diplomatique, Manière de voir, numéro hors série, octobre 1996, p. 64. 3- I. Carlander, « Aux avant-postes du cybermonde », dans Internet lextase et leffroi, Le Monde diplomatique, Manière de voir, numéro hors série, octobre 1996, p. 19. 4- A. Gresh, « Et les citoyens du Sud ? », dans Internet lextase et leffroi, Le Monde diplomatique, Manière de voir, numéro hors série, octobre 1996, p. 74. 5- M. Elie, « Internet et développement. Un accès à linformation plus équitable ? », dans Futuribles, n°214, novembre 1996, p. 60. 6- M. Elie, « Internet et développement. Un accès à linformation plus équitable ? », Op. Cit., p. 60. 7- C. Huitema, Et Dieu créa lInternet, Paris, Eyrolles, 1995, pp. 183-184. 8- R. Petrella, « LEurope et les multimédias. Vers une vision res-publica », dans Revue Télécom, n°100, 1994, pp. 12-13. 9 http://www.itu.int/aboutitu/index-fr.html. 10- G. Guisnel, Guerres dans le cyberespace. Services secrets et Internet, Paris, La Découverte/Poche, Essais, 1997, pp. 308-310. 11- F. Douzet, « Internet géopolitise le monde », dans Hérodote, n°86-87, 3e et 4e trimestre 1997, p. 225. 12- M. Elie, « Internet et développement. Un accès à linformation plus équitable ? », dans Futuribles, n°214, novembre 1996, p. 58. 13- P. Renaud, A. Torrès, « Une chance pour le Sud », dans Internet lextase et leffroi, Le Monde diplomatique, Manière de voir, numéro hors série, octobre 1996, p. 46. 14- P. Renaud, A. Torrès, « Une chance pour le Sud », dans Internet lextase et leffroi, Le Monde diplomatique, Manière de voir, numéro hors série, octobre 1996, p. 46. 15- P. Renaud, A. Torrès, « Une chance pour le Sud », dans Internet lextase et leffroi, Op. Cit., pp. 49-50. 16- P. Renaud, A. Torrès, « Une chance pour le Sud », dans Internet lextase et leffroi, Le Monde diplomatique, Manière de voir, numéro hors série, octobre 1996, p. 48. 17- B. Lanvin, « Tiers Monde et accès à linformation : le dernier défi du deuxième millénaire ? », papier non publié, avril 1999. 18- B. Lanvin, « Tiers Monde et accès à linformation : le dernier défi du deuxième millénaire ? », papier non publié, avril 1999. 19- R. Bissio, « Nouvelles armes pour les démocrates », dans Interne lextase et leffroi, Le Monde diplomatique, Manière de voir, numéro hors série, octobre 1996, p. 43. 20- Cité dans F.H. Wané, « Internet sauvera-t-il lAfrique ? », dans Un autre monde est possible, Le Monde diplomatique, Manière de voir n°41, septembre-octobre 1998, p. 84. 21- B. Lanvin, « Tiers Monde et accès à linformation : le dernier défi du deuxième millénaire ? », papier non publié, avril 1999. 22- B. Lanvin, « Tiers Monde et accès à linformation : le dernier défi du deuxième millénaire ? », papier non publié, avril 1999. 23- G.O. Segond, « Relancer la coopération technologique », dans Internet lextase et leffroi, Le Monde diplomatique, Manière de voir, numéro hors série, octobre 1996, p. 96. 24- G.O. Segond, « Relancer la coopération technologique », dans Internet lextase et leffroi, Le Monde diplomatique, Manière de voir, numéro hors série, octobre 1996, p. 98. 25- P. Renaud, A. Torrès, « Une chance pour le Sud », dans Internet lextase et leffroi, Le Monde diplomatique, Manière de voir, numéro hors série, octobre 1996, p. 47. 26- P. Renaud, A. Torrès, « Une chance pour le Sud », dans Internet lextase et leffroi, Op. Cit., p. 47. 27- P. Renaud, A. Torrès, « Une chance pour le Sud », dans Internet lextase et leffroi, Le Monde diplomatique, Manière de voir, numéro hors série, octobre 1996, pp. 47-48. 28- M. Elie, « Internet et développement. Un accès à linformation plus équitable ? », dans Futuribles, n°214, novembre 1996, pp. 61-62
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