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| Le déséquilibre Nord-Sud de laccès à linformation. | ||
| Auteur: Xavier Dumont |
Date de publication: 09/2001 |
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| Localisation: Ciberthèque > Participants > fra_doc_06/cap1.html |
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PREMIERE PARTIE :
La mondialisation et les nouvelles technologies dinformation et de communication
La première partie présentera le déséquilibre Nord-Sud de laccès à linformation dans le contexte de la mondialisation et de lémergence des nouvelles technologies dinformation et de communication. Dans un premier temps, nous verrons en quoi la problématique du déséquilibre Nord-Sud de laccès à linformation sinscrit dans une conception des relations internationales qui met laccent sur linterdépendance et la coopération. Centrée sur la question transnationale et sur le rapport entre le système et ses acteurs, nous serons amenés à traiter des réseaux en tant que prolongement des premières théories transnationales et évolution des relations internationales contemporaines. Sur base des différents rapports de lUNESCO, nous analyserons les origines du déséquilibre Nord-Sud de laccès à linformation. Nous tenterons de déterminer en quoi la production, la circulation, le contrôle et la vente dinformations, à travers les agences de presse, ont représenté un contentieux entre les états et pourquoi les revendications des pays du Tiers monde, en faveur dun nouvel ordre mondial de linformation, se sont soldées par un échec. Enfin, nous identifierons les nouveaux défis qui, depuis la chute du mur de Berlin et leffondrement des Etats communistes dEurope, simposent à nos sociétés et nous mettrons laccent sur limportance du développement des nouvelles technologies de linformation et de la communication dans les pays du Sud afin que ceux-ci ne soient pas les laissés-pour-compte du nouveau paysage communicationnel.
Chapitre 1 LES RELATIONS INTERNATIONALES
Les relations internationales ont pris une importance sans cesse croissante dans la vie des sociétés en raison dun processus complexe de mutations et de transformations. Conscient que la vie internationale ne saurait se réduire à lun ou lautre paradigme, nous pensons néanmoins que la problématique du déséquilibre Nord-Sud de laccès à linformation sinscrit dans une conception des relations internationales qui met laccent sur linterdépendance et la coopération. 1- Le paradigme de linterdépendance Selon P. Braillard et M.R. Djalili11 , le paradigme de linterdépendance est une conception des relations internationales qui met laccent sur linterdépendance et la coopération en considérant que les relations internationales contemporaines ne correspondent pas au modèle conflictuel et interétatique des théories réalistes. En effet, P. Braillard et M.R. Djalili affirment que depuis la Seconde Guerre mondiale, la dynamique de modernisation, engagée par la révolution industrielle, a connu une impulsion nouvelle sous leffet du développement de la technologie et de la croissance des échanges internationaux. Si cette dynamique a contribué à tisser un réseau complexe dinterdépendances entre les différentes sociétés et a fait apparaître de nouveaux types dacteurs internationaux, il nen demeure pas moins quelle a suscité de nouvelles demandes et besoins dans nos sociétés et a fait apparaître des systèmes de valeurs fondés sur le bien-être économique et social. Le modèle de développement, adopté progressivement tant par les pays industrialisés que par les pays du Tiers monde, a imposé de nouvelles tâches sociales et économiques à lEtat qui sest montré de moins en moins apte à satisfaire seul ces nouvelles exigences. De nouvelles forces supranationales, transnationales et subnationales sont apparues sur la scène internationale et ont limité la marge de manuvre des Etats comme en témoigne par exemple le développement des entreprises multinationales. P. Braillard et M.R. Djalili défendent lidée selon laquelle lEtat a dû souvrir de plus en plus aux échanges avec lextérieur et donc sengager dans une interdépendance croissante ayant pour conséquence principale, une restriction de son autonomie. Dès lors, il deviendrait de plus en plus difficile de distinguer la politique étrangère de la politique interne et dexpliquer le comportement international dun Etat en termes purement stratégiques et militaires. P. Braillard et M.R. Djalili en concluent que « le développement de la coopération internationale, avec notamment la multiplication des structures de coopération que sont les organisations internationales, manifeste une évolution profonde des relations internationales, dont la nature conflictuelle tendrait à passer au second plan, et une tendance à lorganisation dun système international marqué toujours plus profondément par linterdépendance et la communauté des intérêts2 ». 2- La théorisation du paradigme de linterdépendance par lécole de linterdépendance complexe En tant que théorie des relations internationales, le paradigme de linterdépendance a été théorisé au début des années septante par R. Keohane et J. Nye. Convaincus que linterdépendance constitue une modification importante de la vie internationale, ces deux auteurs américains sont à lorigine dun courant connu sous le nom « décole de linterdépendance complexe ». La multiplication des interactions internationales aboutissant à une distinction marquée entre rapports politiques et relations transnationales, R. Keohane et J. Nye analysent dans un premier ouvrage publié en 1970, Transnational Relations and World Politics, la mise en contact permanente des régimes et des sociétés du fait des mutations de lenvironnement international : « These questions can be grouped into five broad areas of inquiry : 1) What seems to be the net effect of transnational relations on the abilities of governments to deal with their environments ? To what extent and how have governments suffered from a « loss of control » as a result of transnational relations ? 2) What are the implications of transnational relations for the study of world politics ? Is the state-centric view, wich focuses on the interstate system , an adequate analytic framework for the investigation of contemporary reality ? 3) What are the effects of transnational relations on the allocation of value and specifically on asymmetries or inequalities between states ? Who benefits from transnational relations, who loses, who controls transnational networks, and how is this accomplished ? 4) What are the implications of transnational relations for United States foreign policy ? Insofar as the United States is indeed preponderant in transnational activity, what dangers as well as opportunities does this present to American policymakers ? 5) What challenges do transnational relations raise for international organizations as conventionally defined ? To what extent may new international organizations be needed, and to what extent may older organizations have to change in order to adapt creatively to transnational phenomena3 ? ». Introduisant une distinction entre dune part, les relations politiques qui incluent la possibilité dun recours à la force et dautre part, les relations transnationales qui regroupent lensemble des rapports internationaux, où lun des acteurs au moins nétait pas un agent gouvernemental, J.J. Roche4 défend lidée selon laquelle la théorie de R. Keohane et J. Nye na pas perdu de son actualité dans la mesure où elle contient déjà lensemble des arguments qui ont refait surface au début des années nonante tel que par exemple le développement du monde des réseaux. Centrée sur la question transnationale et sur le rapport entre le système et ses acteurs, A. Colonomos souligne que « la problématique des réseaux se compose suivant une pluralité de trajectoires et implique un nombre varié dacteurs. En premier lieux, objet des études juridiques et politiques, les institutions sont prioritairement concernées par le phénomène. Les réseaux de personnes, lassociation entre individus, y compris à léchelle internationale, constituent une dimension traditionnelle de lexpression du pouvoir et de la redistribution des ressources qui laccompagnent. Les réseaux dentraide et de coopération faisant partie intégrante de la vie dune institution, ils ne sauraient être banalisés en tant quobjet sociologique. Ces dynamiques détournent de leur ordonnancement vertical une somme de ressources, de valeurs centralisées par les institutions politiques et contribuent par là même à la formation d'un vaste espace horizontal et informel5 ». A. Colonomos défend lidée selon laquelle les réseaux prolifèrent dans une double direction : « dune part, ils sinvestissent dans des logiques de mobilisation de ressources en parallèle des sphères officielles et publiques ( ) De lautre, lorsque leurs forces le permettent, les réseaux transnationaux émergent au sein des différents espaces publics afin dexprimer et de faire entendre leur voix. Cette singulière tension entre le contournement et la participation concerne bon nombre dacteurs de la scène internationale. La compréhension du système international se trouve renforcée, désignant par là une nouvelle problématisation de la dialectique entre ordre et désordre, ainsi quune somme dexpressions intermédiaires, entre conformisme et déviance6 ». Dans un second ouvrage publié en 1977, Power and Interdependence : World Politics in Transition, R. Keohane et J. Nye affirment que linégalité de puissance entre les acteurs traditionnels et les nouveaux acteurs de la vie internationale crée une interdépendance asymétrique7 ne pouvant mener à un partage équitable des bénéfices. R. Keohane et J. Nye élaborent les concepts de « sensibilité » et de « vulnérabilité » afin dexpliquer linterdépendance complexe : « To understand the role of power in interdependence, we must distinguish between two dimensions, sensitivity and vulnerability. Sensitivity involves degrees of responsiveness within a policy framework how quickly do changes in one country bring costly changes in another, and how great are the costly effects ( ) Vulnerability can be defined as an actors liability to suffer costs imposed by external events even after policies have been altered ».8 J.J. Roche conclut que lapport de R. Keohane et J. Nye aux théories des relations internationales consiste « à avoir envisagé la politique étrangère sous un angle complètement différent de celui utilisé jusqu'alors. En effet, la rupture de la séparation nette entre politique intérieure et politique étrangère, liée à linterpénétration croissante des activités, menait à une situation paradoxale où la machine administrative de lEtat était condamnée à croître dans une course poursuite sans fin pour tenter de retrouver la maîtrise d'événements lui échappant toujours davantage. LEtat ne pouvait donc plus être envisagé comme linstrument fondamental de la régulation de la vie internationale ( ) Par rapport au réalisme dessence conservatrice, la théorie de linterdépendance complexe introduisait lidée dune nécessaire prise en compte du changement. A la vision statique de l'équilibre R. Keohane et J. Nye substituaient une conception dynamique de lordre international. Cependant, le cadre de leur analyse ramenait obligatoirement à lEtat. La prise en compte du changement et sa mesure les conduisirent à revenir au cadre traditionnel de la politique étrangère comme domaine privilégié où pouvaient être observés les effets de la sensibilité et de la résistance à la vulnérabilité. Ils contribuèrent à élargir le cadre dinterprétation de la politique étrangère en abandonnant la conception réaliste dun instrument institutionnalisé de poursuite dun intérêt général rationalisé. R. Keohane et J. Nye lenvisagèrent au contraire sous langle dun processus fluctuant dajustement entre les demandes de la société interne et les contraintes internationales9 ». 1 P. Braillard, M.R. Djalili, Les relations internationales, Paris, Presses Universitaires de France, 1997, pp. 18-19. 2P. Braillard, M.R. Djalili, Les relations internationales, Paris, Presses Universitaires de France, 1997, pp. 19-20. 3 R. Keohane, J. Nye, Transnational Relations and World Politics, Cambridge, Harvard University Press, 1970, p. 11. 4 J.J. Roche, Théorie des relations internationales, Paris, Montchrestien, Clefs/Politique, 1997, p. 63. 5A. Colonomos, « Lacteur en réseau à lépreuve de linternational », dans M.C. Smouth (dir.), Les nouvelles relations internationales. Pratiques et théories, Paris, Presses de la Fondation nationale des Sciences politiques, Références inédites, 1998, p. 211. 6A. Colonomos, « Lacteur en réseau à lépreuve de linternational », dans M.C. Smouth (dir.), Les nouvelles relations internationales. Pratiques et théories , Op. Cit., pp. 223-224. 7R. Keohane, J. Nye, Power and Interdependence. World Politics in Transition, Boston, Little Brown and Company, 1977, p. 11. 8R. Keohane, J. Nye, Power and Interdependence. World Politics in Transition, Op. Cit., pp. 12-13. 9J.J. Roche, Théorie des relations internationales, Paris, Montchrestien, Clefs/Politique, 1997, pp. 64-65.
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