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MISTICA: Haïti: droit à la communication

From: Gotson Pierre ([email protected])
Date: Tue Dec 02 2003 - 01:00:22 AST


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AMD-Haïti / Défendre le Droit à la Communication dans la Société de
l'Information

Compte-rendu par Vario Sérant

P-au-P., 1 déc. 03 [AlterPresse] --- L'Association des Amis du Monde
Diplomatique, branche Haïti (AMD-Haïti), a organisé sa causerie de novembre
2003, à l'auditorium de la Faculté des Sciences Humaines, à Port-au-Prince,
autour du thème « Le Droit à la Communication dans la Société de
l'Information ».

Le premier conférencier, le professeur de communication sociale, Ary Régis,
a planché sur la société de l'information alors que le second, le
journaliste Gotson Pierre, coordonnateur du Groupe Médialternatif, a abordé
le droit à la communication.

Les deux exposés se sont déroulés dans une logique de complémentarité.

Ary Régis a commencé par parler de la difficulté de débattre du secteur de
l'information et de la communication en Haïti en raison notamment de la
forte polarisation de la société.

Selon lui, pour bien poser et approfondir le thème en débat, il convient
d'aller au-delà de la conjoncture (politique) haïtienne.

Le professeur Régis a entre autres justifié la nécessité du droit à la
communication par le fait que la disponibilité ou l'abondance d'informations
ne garantit pas forcément la jouissance du droit à la communication dans la
société de l'information.

Ary Régis a retracé la genèse de la société de l'information (SI), précisé
ses caractéristiques et les informations circulant à travers la SI.

Dans son survol, le professeur Régis a passé en revue la thèse de certains
théoriciens fonctionnalistes qui parlaient d'une information neutre sans
rapport avec les luttes sociales, l'ère de la modernité occidentale axée sur
la raison, les louanges du cybernéticien américain Norbert Wiener
(1874-1964), un des premiers tenants de la théorie de l'information, sur les
technologies artificielles dans la foulée de la deuxième guerre mondiale, la
période post-guerre froide qui serait marquée, selon certains théoriciens,
par la mort des idéologies, la fin des luttes de classes et des
intellectuels contestataires.

Le professeur Régis a aussi effleuré l'idée de la société de connaissance
qu'on associe généralement à la société de l'information avant d'en venir à
une date charnière dans la mise en place et la consolidation de la société
de l'information. Il s'agit de l'année 1995 qui a vu la tenue d'une
importante réunion du G-7 à laquelle était présente une quarantaine de
représentants des secteurs de l'informatique et de l'aviation.

Tout ce survol pour dire que la charte de la société globale de
l'information est née d'un petit groupe qui décide de ce qu'il doive faire
du ou pour le monde.

Parmi les caractéristiques de la société de l'information ainsi mise en
place, Ary Régis cite l'élimination des barrières géographiques («
informations sans frontières ») et l'occultation des identités culturelles
nationales, l'avènement d'un nouveau type de citoyen, celui qui peut
consommer, l'affirmation des médias comme principal espace public et
d'intermédiation.

Quant à la nature des informations circulant dans ce cadre, le professeur
Régis relève qu'elles sont d'ordre journalistique, historique et
scientifique.

Il a situé l'information journalistique dans une logique marchande où sa
valeur est estimée en fonction de la demande. Ce n'est pas, a-t-il dit,
l'esprit du journalisme des années 60-70 où celui-ci était perçu plus comme
une mission qu'une carrière.

Ary Régis note par ailleurs des changements au niveau de la conception de
l'histoire. « Les médias apparaissent comme seule source d'histoire ». Ce
qui crée, à son avis, une confusion entre ce qu'on écoute, ce qu'on voit et
ce qu'on connaît véritablement sur l'histoire.

S'agissant des informations scientifiques et celles porteuses de
connaissances, le conférencier juge leur circulation limitée et restrictive.

Selon le professeur Régis, le droit à la communication dans la société de
l'information suppose un droit de participation des citoyens au débat
public, un processus interactif et une organisation sociale où les citoyens
sont acteurs et non sujets des informations véhiculées à travers les NTIC.

Pour sa part, le coordonnateur du Groupe Médialternatif a commencé son
intervention par une analyse comparative des phénomènes de concentration
médiatique existant dans les grandes démocraties libérales et des processus
embryonnaires de concentration en cours en Haïti.

Pour marquer l'importance stratégique du droit à la communication dans la
société d'aujourd'hui, Gotson Pierre a mis l'accent sur le changement d'une
certaine donne. « Avant, on disait je pense, donc je suis. Aujourd'hui, on
semble dire je communique, donc je suis ».

Vu l'importance de la visibilité médiatique, le journaliste estime que les
mouvements sociaux et tous ceux-là et toutes celles qui militent pour la
démocratie auraient dû avoir un agenda par rapport au secteur de la
communication. Ce qu'il désigne en reprenant le thème d' « agenda social de
la communication »

Le journaliste a présenté le droit à la communication comme une
revendication qui a été mise en avant à divers moments de l'histoire.

Il a cité entre autres exemples la déclaration des droits de l'homme et du
citoyen (1789) qui garantit la liberté d'expression, la déclaration
universelle des droits de l'homme (1948) qui, en son article 19, protège le
droit à l'information, la vie privée et le droit des médias de fonctionner
librement sans être inquiétés.

Le journaliste de l'Agence AlterPresse a souligné plusieurs dates charnières
comme 1969, quand le français Jean D'Arcy (Versailles, 1913-Paris, 1983) a
fait figure d'initiateur de l'expression « droit à communiquer ». Cet ancien
membre du Haut Conseil de l'audiovisuel (en France) est l'auteur de
l'ouvrage « Les Droits de l'homme à communiquer » publié par l'UNESCO en
1978.

Gotson Pierre a également mentionné l'année 1980 marquée par la publication
du rapport Mac Bride sur les relations Nord/Sud en matière d'information et
de communication, l'année 1998 marquée par la tenue de plusieurs forums
internationaux sur les droits humains, la communication et la citoyenneté.

Parmi les éléments caractéristiques du droit à la communication, Gotson
Pierre a cité la liberté d'opinion, la liberté d'expression, par n'importe
quel canal, la liberté de diffusion, la liberté d'information impliquant à
la fois l'accès à l'information et la production d'informations pour
l'ensemble des citoyens, les droits d'accès aux médias et aux NTIC.

Selon le journaliste, la démocratisation de la communication ne peut pas
être réduite à la propriété des moyens d'information et à la question des
transferts technologiques. Elle doit prendre en compte plusieurs autres
aspects liés à la vie politique, économique, sociale et culturelle.

Les exposés du professeur Ary Régis et du journaliste Gotson Pierre ont été
suivis d'échanges animés parmi l'assistance composée en majorité
d'étudiants.

Cette causerie de l'AMD-Haïti se tenait dans la foulée du sommet mondial sur
la société de l'information (SMSI) prévu à Genève en décembre 2003 et à
Tunis en 2005. Officiellement, ce sommet vise au développement d'une vision
et d'une compréhension communes de la société de l'information et à
l'élaboration d'un plan d'action stratégique pour s'adapter avec succès à la
nouvelle société.

Ce samedi 29 novembre à l'auditorium de la Faculté des Sciences Humaines,
les discussions ayant suivi les exposés s'articulaient pour une bonne part
autour de deux visions qui s'affrontent dans le cadre de la société mondiale
de l'information, savoir une vision humaniste, culturelle face à une vision
marchande voire mercantiliste. [vs apr 01/12/2003 22:45]



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