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Doc Sam : Lettre à Emile ou le récit onirique de la réunion de Samaná
Auteur:
Funredes
Date de publication:
22/06/99
Contenu
Mots clef:
Localisation:
Cyberotheque > Thematique > fra_doc_sam.html
Documents connexes:
doc-coord,
doc-ino, doc-cv


Lettre à Émile ou le récit onirique de la réunion de Samaná

Ce document est un produit du processus collectif qui a été mis en place et développé au cours de la réunion de Samaná ; il s’inscrit dans la série des versions du document de travail relatif au projet MISTICA et se situe chronologiquement après le DOC-INO, le DOC-COORD et le DOC-CV.

Cette fois, le style du document sort des formats traditionnels des documents techniques qui regroupent les réflexions de groupes de travail sur le thème de la relation société-TIC. Le DOC-SAM revêt la forme romanesque d'une lettre écrite par une personne, qui répond au surnom de Mata-Hari (on ne sait pas avec certitude s’il s’agit d’un homme ou d’une femme), à un certain Émile. La “lettre à Émile sur la cyberexpérience de Samaná” propose d'essayer de capter l'essence de ce qui s’est passé durant la réunion de Samaná, et ce de façon pédagogique et agréable.

Elle tente aussi d’apporter un éclairage sur le contexte de cette réunion, que l’on suppose avoir été un événement marquant dans le processus du projet Mistica. On ne sait pas non plus avec certitude si Mata Hari était présent(e) à la réunion de Samaná ou s’il (elle) participait à distance, dans la mesure où l'une des idées originales de cette réunion était que les personnes réunies puissent continuer à imbriquer leur réflexion avec celle de la communauté virtuelle des membres du projet Mistica.

Derrière ce rapport, moins rigide et au ton plus ludique que les rapports précédents, se cache le même but très “sérieux” : l'engagement de faire connaître les réflexions des acteurs et actrices de l'impact social de l'Internet de notre région sur les rapports entre les sociétés d'Amérique latine et des Caraïbes, et les Technologies de l’Information et de la Communication.

Pour assurer une lecture réellement aisée, la Lettre à Émile à propos de la réunion de Samaná est découpée selon un ordre chronologique.

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APPEL AUX PARTICIPANT(E)S DE LA RÉUNION DE SAMANÁ

Cette “lettre à Émile” est la première étape du DOC-SAM. Nous vous invitons à apporter vos contributions pour enrichir ce document, en les envoyant à webmistica@funredes.org. Il est tout spécialement demandé aux personnes qui ont réalisé des schémas destinés à appuyer leurs présentations (Sam et Hartwig, par exemple) de bien vouloir nous les faire parvenir à la même adresse, de préférence en format JPG, ou par fax, si vous ne disposez pas d’outils pour le graphisme, au 1 809 689 3388. Nous prions aussi les personnes qui ont un certain don pour le dessin de bien vouloir se mettre en contact avec nous afin de nous aider à illustrer cette lettre et de la transformer en un véritable document multimédia qui puisse restituer la “mystique”1 de la réunion de Samaná”. Dans le même ordre d'idée, nous demandons à ceux et celles qui le peuvent d’enregistrer le merengué-samba “Pad-in Pad-out” pour la partie sonore du multimédia.

Toute autre suggestion est la bienvenue, d’autant plus si elle est accompagnée d’un effort de réalisation… Ce rapport est le vôtre.

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Très cher Émile,

Loin de moi l’idée de ne pas vouloir te dire bonjour, mais je veux te raconter d’une seule traite la cyberexpérience que je suis en train de vivre et je sais que cela te passionnera tout autant que moi. C'est quelque chose de totalement nouveau que je ne saisis pas encore dans sa globalité mais, pour être sincère avec toi, je crois que personne ne sait exactement où tout cela va se terminer ; en tout cas, nous pensons que ce sera quelque chose qui changera les paradigmes, comme disent les intellectuels.

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MISTICA : le virtuel, le réel et le spirituel...

Tu sais que je suis à la recherche de personnes et d’institutions motivées pour mettre en place et développer des options permettant à l’Internet et à toute cette quantité de possibilités qui s’offrent à nous grâce aux Technologies de l’Information et de la Communication (TIC, pour abréger) d’être utilisées pour promouvoir un développement social plus juste, allant dans le sens de la diminution ou l’élimination des déséquilibres évidents qui existent au Sud, même si cela ne veut pas dire que ces déséquilibres n’existent pas au Nord. Bon, tu me comprends, c’est pourquoi je te raconte cette histoire.

Donc, à propos de ça, j’ai reçu une invitation a (http://funredes.org/mistica/comunidad/carta.html) pour faire partie d'une communauté virtuelle qui discute justement de ce sujet. Il s’agit du projet “Méthodologie et Impact Social des Technologies de l’Information et de la Communication” (MISTICA) (http://funredes.org/mistica/index.html).

D’accord, cette histoire de "Mistica"2 m'a dans un premier temps fait grincer des dents ; je pensais qu’il pouvait s’agir d’un groupe de religieux fanatiques recrutant pour une secte diabolique :-). Ils sont à moitié fous de toute façon, mais ça aide, et tu sais que je ne suis pas tout à fait normale non plus.

Je te résume les objectifs (c’est incroyable, on pourrait croire que je travaille avec ce groupe depuis leur formulation!):

  • le renforcement des acteurs sociaux des TIC3 en Amérique latine et dans les Caraïbes, par la constitution d’un réseau humain pour la recherche et l’appropriation des nouvelles technologies, soutenu par des moyens de communication et d’information avancés et des applications pilotes,

  • l'expérimentation d'une méthodologie propre à articuler des communautés virtuelles ; une méthodologie qui intègre, de façon adéquate, les ressources de l’information et de la communication, qui offre des solutions aux obstacles linguistiques, qui rend possible la participation de personnes n’ayant pas accès aux TIC et qui permet à des personnes non présentes de participer à distance à des conférences géographiquement localisées.

Ah, j’oubliais de te dire qu’il s’agit d’un projet de Funredes (l’Association Réseaux et Développement – http://funredes.org), une ONG située en République dominicaine. Ce projet est financé par le CRDI (le Centre de Recherches pour le Développement International du gouvernement canadien – http://www.idrc.ca) et la FPH (Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Humanité – http://sente.eplf.ch/fph). Et cette dernière fait entrer le projet dans le cadre de son Alliance pour un Monde Solidaire et Responsable (http://echo.org).

Comme tu pourras l’imaginer, il est naturel qu’un tel mélange de cultures s’organise depuis la Belle Quisqueya4, pour que ce continent reparte sur de nouvelles bases. Après tout, ça a déjà été fait auparavant...

Pour commencer, ceux qui le désiraient ont rejoint une liste de discussion modérée et “démocratique mais avec des règles” comme cela a été clairement annoncé; avec une philosophie (http://www.funredes.org/mistica/comunidad/metodos/filosofia01.html) et un ensemble de procédures claires (http://www.funredes.org/mistica/comunidad/metodos/procedimientos01.html). Pour en faire partie, tu n’as qu’à remplir le formulaire d’inscription (http://www.funredes.org/mistica/comunidad/planilla.html) et à partir de là tu seras membre du projet. Viens, on n’attend plus que toi !

Crois bien que j’ai moi aussi eu des doutes à propos des avantages de la modération sur des thèmes comme ceux qui nous intéressent, mais la clarté des règles et des objectifs qui ont été fixés pour tout le processus m’ont convaincue (a posteriori, donc) d’employer cette approche. Au cours de cette période préliminaire, on a demandé aux gens qui devenaient membres de la communauté virtuelle de se présenter aux autres et de remplir une petite fiche comportant des renseignements personnels. Tu peux lire celles qui ont été envoyées à : http://funredes.org/mistica/comunidad/participantes/paginas01.html Pourquoi tout le monde ne l’a pas remplie ? C’est l’une des questions auxquelles ce projet essaie de répondre.

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Les premiers pas d'un processus sans retour

Comment cela fonctionne ? Patience, j’y arrive. Il existe un diagramme de tout le processus (http://funredes.org/mistica/comunidad/apoyos/diagrama.html) mais je trouve plus clair, pour le comprendre et pouvoir te l’expliquer, le schéma d’intégration (http://funredes.org/mistica/comunidad/apoyos/esquema.html) qui a été fait. Et je te demande de continuer ta lecture en faisant encore plus attention à partir de maintenant, car la dynamique est très intéressante.

Après la phase de présentation nous avons commencé à discuter, au sein de la communauté virtuelle (que j’appellerai dorénavant la CV), d’un document proposé par la Coordination du projet (http://www.funredes.org/mistica/castellano/mas/doc-coord.html). Ce document, quant à lui, est le résultat d'une précédente discussion interne, entre les organisateurs du projet, autour d'un document du programme INO de la FPH (http://www.funredes.org/mistica/francais/mas/tic_fr.html).

Le document proposé à la discussion par la coordination (DOC-COORD) pose, à l'intérieur d'un cadre général qui inclut le processus de mondialisation et de production sociale des technologies, l'importance qu’ont les TIC dans la définition des rapports sociaux et le fait indéniable qu’il faut prendre position face à ce progrès technologique particulier.

Il identifie cinq axes thématiques qui pourraient être considérés comme fondamentaux pour l’Amérique latine et les Caraïbes, et à partir desquels on devrait explorer et exploiter le potentiel des TIC pour soutenir des projets de développement durables et avec une base équitable. Les axes proposés ont été : démocratie, gouvernance et participation civique5, éducation, langue et culture, santé et, pour finir, économie et productivité. Simultanément on a parlé de ce qu’on appelle les axes transversaux qui doivent être considérés et respectés dans tous les axes thématiques et qui sont en rapport avec les questions de genre6, d’environnement et de traitement des populations socialement discriminées.

Ce document a été proposé pour alimenter la réflexion de la CV pendant 4 semaines, au cours desquelles on a revu les aspects proposés et produit un nouveau document qui reprend les opinions de la CV sur ces aspects.

J’admets que je trouvais parfois que le DOC-COORD était très consensuel et peu polémique, mais même comme ça, il a produit pas mal de participation. Maintenant je me dis qu’il y avait peut-être une autre façon de le concevoir pour que les gens s’y intéressent, mais je pense vraiment que, au cours de cette étape, on avait besoin de plus de douceur que de force. D’autre part, la modération n’a pas été spécialement sévère et elle n’a pas non plus été contraignante envers les participants pour que les messages se concentrent sur les points discutés dans le temps imparti. On pourrait interpréter cela comme un nouveau pari pour gagner la confiance de la CV. Je crois qu’il a été gagné.

L’un des aspects les plus remarquables de toute l’activité qui a été développée virtuellement depuis le début du projet est qu’il existe la mémoire de tous les messages qui ont été envoyés et qui sont passés par la modération (http://www.funredes.org/mistica/comunidad/mail/index). Il existe aussi sur le web une zone dédiée aux documents apportés par les participants tout au long du projet. (http://www.funredes.org/mistica/comunidad/contenido/docuparti01.html). C'est une documentation précieuse pour ceux qui sont intéressés par ces thèmes, et, de plus, elle continue à s’enrichir.

Sur la qualité et la quantité des participations je ne veux pas t’en dire trop. Sache seulement qu’elles ont été très intéressantes et qu’elles provenaient de perspectives différentes, ce qui d’emblée enrichit l’angle d’approche de chacun par rapport à cette CV. À ce propos, cela vaut la peine de mettre en valeur deux choses : la première est le manque d'espaces pour discuter de ce type de thématique dans la région, d’autant que les gens semblent vouloir partager leurs expériences, et l’autre est la quantité de personnes qui, à partir d’institutions de divers types (ONG, organismes internationaux et gouvernementaux, universités, etc.), ont quelque chose à apporter sur ces thèmes.

Tu me suis ? J’espère que oui ; j’ai essayé d’être très claire sur un point que je sais très complexe et très difficile à expliquer. Ça l’est tellement que tout ce projet s’appuie fortement sur l’information de son site web (tu t’en étais rendu compte, non ? Toutes les deux lignes il y a un lien vers une page de ce web). La vérité c’est que, même comme ça, ce n’est pas facile ; il est nécessaire de faire un investissement de temps pour comprendre le projet, ce n’est pas vrai qu’on peut le comprendre d’un seul coup, en 5 ou 10 minutes. On est en train de chercher un professionnel de l’infographie, femme ou homme, ayant de l’expérience, pour faire une version simple d’une chose aussi complexe. Nous n’avons encore trouvé personne mais nous y sommes presque. Tu connais quelqu’un ayant ce profil ?

Ce que je veux te dire par là, c’est que n’importe qui rejoignant maintenant le projet a la possibilité de se mettre à jour en prenant connaissance de toute la documentation qui a été produite au cours du processus. Cela prend du temps, c’est sûr, étant donné que la CV est très active (une moyenne de 3 à 4 contributions par jour), bien que les apports proviennent de seulement 30% des membres. D’autre part, comme je te l’ai déjà dit, cette intensité peut s’interpréter comme notre besoin de communiquer entre nous, nous qui nous intéressons à ces thèmes et qui sommes gênés de ne trouver que peu d’espaces pour le faire réellement.

Et tu pensais que c’était tout ? Erreur, mon cher ami. C’est maintenant que je vais te raconter les expériences les plus novatrices. Une fois terminée cette période de réflexion sur le DOC-COORD, on a élaboré un document de synthèse de ce qui avait été discuté (http://www.funredes.org/mistica/francais/cyberotheque/thematique/fra_doc_cv.html). Je t’avoue que je n'envie pas ceux qui se sont occupés de cela, vu qu’il faut être doué pour organiser cette foule d’idées en si peu de temps — deux semaines pour être précise. Encore plus si tu y ajoutes, comme je te l'ai dit, qu’il y a eu une certaine flexibilité en ce qui concerne le traitement des thèmes pendant cette période de la conférence virtuelle, que le volume de messages est même devenu accablant à certains moments. Pour y parvenir, on aurait dû se conformer davantage aux règles de la discussion et aux règles relatives à la longueur des messages. En tout cas, ce DOC-CV a été rendu public et a été le centre de l'activité suivante, au cours du projet, que, pour abréger, j’appellerai ici Samaná7.

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Samaná: Face à face avec la PAD, ou comment ça se mange ce truc ?

Au cours de cette étape, on a mis en pratique une méthodologie expérimentale, élaborée pour articuler la réflexion d’une partie de la CV physiquement réunie et discutant selon un calendrier déterminé, avec le reste de la CV, qui faisait de même mais à distance, ce qui était possible puisque cette partie de la CV connaissait le calendrier de la réunion et disposait des mêmes documents que ceux de la réunion présentielle.

Maintenant je te l’explique en cyberjargon. Pour discuter du DOC-CV (http://www.funredes.org/mistica/comunidad/metodos/agenda01.html) on a établi un emploi du temps qui a organisé les activités de toute la CV. Certains étaient rassemblés et ont suivi l’agenda depuis Samaná (http://www.funredes.org/mistica/comunidad/samana/participantes01.html), alors que les autres le faisaient au moyen d’une méthodologie de participation à distance (PAD) que l’on a testée à cette occasion (http://funredes.org/mistica/comunidad/pad.html) avec une modalité assez spécifique. En tant qu’outil articulateur, ce schéma imposait une synchronisation des temps de réflexion et de participation des personnes se trouvant dans différents pays des deux continents.

Le résultat est d'une richesse que je qualifierais de multidimensionnelle. Le côté humain d’une telle organisation cache beaucoup plus de choses que ce que l’on peut remarquer au premier abord. Imagine-toi en train de sélectionner une vingtaine de personnes dans le groupe des 150 qui composent cette CV afin qu’elles se rassemblent pour travailler dans un endroit magnifique de Quisqueya, pendant que les autres interviennent à distance. Les membres du groupe ont été choisis en fonction de critères de participation proactive dans la CV, de distribution régionale équilibrée et de représentation d’intérêts et de points de vue différents. On a fait du mieux possible, je crois. Tu peux trouver la liste des participants à : http://funredes.org/mistica/comunidad/samana/participantes01.html.

Même cette simple sélection a eu des effets non négligeables, autant de la part de ceux qui ont assisté présentiellement comme de la part de ceux qui restèrent virtuels (regarde les messages qui ont été envoyés à la CV les jours précédant le début de la réunion : http://www.funredes.org/mistica/comunidad/mail/index.html).

Je vais essayer de t’expliquer ce que furent ces journées pour la CV. Comme tu le verras dans l’agenda et dans d’autres documents que j’ai joints pour que tu les regardes (et si tu veux vraiment comprendre quelque chose à ce truc, tu ferais mieux de le faire, sinon, je crains que tu n’y comprennes rien), tout a été planifié depuis l’arrivée des gens à Saint-Domingue. Les premiers instants ont été réduits à quelques tentatives de reconnaissance mutuelle et de désirs de réussite dans les deux environnements, le présentiel et le non-présentiel. Figure-toi que pour moi il est très clair que l’intégration des deux expériences est un fait représentatif de la CV, mais, bien entendu, tout le monde ne partage pas ce point de vue.

Au début, les participants présents adoptèrent leurs propres règles pour contrôler les discussions. Parmi celles-ci, l’une des plus déterminantes fut que le temps maximum de chaque intervention serait de deux minutes. On encourageait la participation de tout le monde, et le fait qu’il soit possible d’intervenir plusieurs fois. De plus, on exigeait le maintien de la bonne humeur. Pour ceux qui participaient à distance, les règles de participation restèrent les mêmes que celles établies initialement pour la CV. On a aussi spécifié les règles que suivraient les facilitatrices de la réunion. En bref, toutes les façons d’intervenir furent préétablies, même si elles n’ont pas toujours été respectées ou reconnues par des gens se trouvant dans une partie ou dans l’autre de la CV.

Lors des explications sur le fonctionnement de la PAD, les deux groupes commencèrent à poser des questions à propos de la mécanique finale et des résultats escomptés. Je t’ai déjà averti qu’il s’agit d’un beau projet, mais qu’il est complexe. Le fait d’essayer de créer de nouvelles formes de travail coopératif en s’appropriant ce type d’outils passe par des expérimentations telles que celles-ci où l’on valide les méthodes et les contenus pour pouvoir aller au-delà des hypothèses que chacun s’est créées au cours du temps.

Certaines sessions initiales de la réunion n’ont pas eu de PAD : ce fut le cas des classiques présentations et “mises au point” nécessaires à la compréhension de la dynamique que nous allions vivre. Dès le tout début est apparue la difficulté de synchroniser les composantes d’une CV qui, d’entrée, sait que l’une des possibilités à exploiter dans le travail coopératif et virtuel est précisément la non-synchronisation…

Ensuite ont commencé les délibérations à propos du DOC-CV. Le principe était le suivant : 1) La présentation de ce qui avait caractérisé la discussion de la CV, avec ses consensus, ses divergences, ses problèmes à résoudre (conceptuels ou opérationnels) et actions à recommander. 2) Une position polémique pour stimuler la discussion parmi les présents et 3) une dynamique de facilitation permettant au groupe présentiel de progresser sur certains aspects par la discussion. Le résultat de tout cela était synthétisé par une équipe (PADout) qui, 15 minutes après la fin de chaque session, devait envoyer son compte rendu sur la liste pour qu’il soit analysé par la CV à distance.

Une autre équipe (PADin), se chargeait quant à elle de recueillir les opinions des “distants” et proposait un résumé à ceux qui débattaient face à face, en mode présentiel. Ceux-ci pouvaient également faire des remarques, mais elles n’étaient pas envoyées ensuite aux “distants”.

Ça, c’était le côté logique, rationnel de toute cette mobilisation. Ça a parfois fonctionné comme ça, d’autres fois plus ou moins, et d’autres fois ç’a été totalement différent. Je m’explique.

Un ou plusieurs des ingrédients susmentionnés ont pu agir de façon différente par rapport à ce que l’on attendait, d’où des résultats parfois surprenants.

Un autre objectif de cette phase du processus était d’établir des critères pour sélectionner des projets à mener dans la région sur ces thématiques, que l’on pourrait appuyer avec des fonds “coup de pouce”8 prévus dans le budget de Mistica. En d’autres termes, il s’agissait aussi d’identifier les paramètres pour sélectionner quelques applications pilotes dont on pourrait aider la réalisation avec un financement et qui, bien sûr, découleraient des requêtes formulées par une communauté en fonction de ses propres intérêts. Il ne s’agit pas seulement de discuter, il faut également agir.

Une autre pratique relativement nouvelle a été celle de mettre les comptes rendus PADin et PADout (au fait, quelqu’un a composé un meringué sur ce thème avec des variations de samba !!!) sur le web. On donnait aussi la possibilité aux personnes de la CV, ou à n’importe quelle autre personne voulant visiter l’agenda, d’avoir une vision rapide (dans tous les sens du terme) de ce qui se passait à Samaná. Quand ces choses fonctionnent bien, elles nous semblent très naturelles et nous oublions alors les nombreuses réunions auxquelles nous avons participé et au cours desquelles nous n’avons pas reçu les documents de travail à temps, desquelles nous sommes partis sans même avoir la liste des participants et encore moins les résolutions finales que nous étions censés approuver…

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Être ou ne pas être ? Ou tais-toi et rame.

D’une manière générale, ce qui s’était passé lors des discussions de la CV (DOC-CV) a été analysé, et les positions polémiques n’ont pratiquement jamais été “polémiques” dans le sens strict du terme, puisqu’elles ne se sont que rarement référées à ce qui avait été dit par la CV. Cela ne veut pas dire qu’elles n’ont pas été intéressantes, loin de là, mais plutôt que cela ne dynamisait pas une discussion sur un sujet donné. Parfois, pas toujours, élargir la focalisation peut s’avérer plus profitable que rester fixé sur un point. Cela a également eu des répercussions au moment de suivre la dynamique de facilitation nécessaire pour que les participants présents progressent dans le traitement des thèmes de l’agenda. Le résultat, dans plusieurs cas, (presque tous ?) fut que l’éventail du traitement des thèmes s’est élargi et a donné l’impression que les participants présentiels ont apporté des conclusions identifiant plus de problèmes à résoudre que d’accords ou de consensus.

Le fait de synthétiser les sessions et d’élaborer les PADout n’est en rien insignifiant. Certains participants à distance se sont plaints à plusieurs reprises du côté encrypté de l’ensemble. Ils étaient mécontents vu que, en toute logique, il supposaient que beaucoup de choses ne parvenaient pas jusqu’à eux dans leur intégralité. Il est vrai que 15 minutes pour résumer ce tourbillon de participations, c’est un peu juste, non ?

Mais ce qui a vraiment troublé l’expérimentation fut le mécontentement des participants vis-à-vis de l’horaire rigide imposé par l’agenda. Au début, ils le considérèrent comme inutilement inflexible, invoquant l’ampleur des thèmes. Ils ont aussi critiqué qu’être à ce point fidèle à l’emploi du temps établi n’était pas compensé par le “peu” de participation à distance qui était visible et, en particulier, il s’est trouvé des gens pour se demander si cela avait un sens de dire que la CV était composée de 130 personnes alors que seulement 30% d’entre eux envoyaient leurs contributions. Il aurait également fallu prendre en compte le fait que l’on ne pouvait pas accorder davantage de temps à chaque thème étant donné que l’éventail des sujets de discussion qui avaient été approuvés était très large et le temps disponible limité.

Ces questions, à ce niveau du projet (alors que nous nous dirigions déjà vers la deuxième étape, c’est-à-dire face à face plus PAD), ébranlèrent les bases de l’expérience. Imagine un peu : on a essayé, avec beaucoup de force, mais en vain, de changer les spécifications de l’expérimentation en plein milieu de son déroulement. Il s’agissait rien de moins que de mettre en doute deux hypothèses centrales du projet : la synchronisation par l’Internet des groupes de travail (la synchronisation dans un environnement éminemment non-synchrone) et l’existence d’une CV au-delà de l’activité directement visible (le droit de participer “passivement”).

Le moment est venu de te décrire l’un des incidents les plus intéressants, je crois, de cette réunion. Dans la chaleur, littérale, de la discussion concernant l’existence de la CV, dans la mesure où elle ne participait pas et qu’elle n’exprimait pas son opinion au sein de la discussion virtuelle, un de ceux qui étaient à Samaná (je crois savoir qui…) a décidé d’envoyer un message à ceux qui se trouvaient à distance, leur parlant de ce qui se discutait et leur demandant qu’ils donnent leur opinion sur leur existence mise en question. Ce message, au titre provocateur de “Parlez maintenant ou taisez-vous à jamais” et signé de façon anonyme par une certaine baleine à bosse, lança dans la CV un “flame”9 que l’on étudiera encore longtemps. Tout ça a provoqué une discussion-évaluation de la méthodologie en parallèle à tout ce qui était réalisé, en accord avec le calendrier établi, durant ces jours-là. Le message de la baleine à bosse et ses conséquences, tu peux également les consulter dans la mémoire de la CV (http://www.funredes.org/mistica/comunidad/mail). Va donc jeter un coup d’œil, ça va t’amuser aussi.

Malgré la remise en question des participants, qui à mon avis n’a bien sûr pas été partagée par tous, a judicieusement prévalu, le critère qui consiste à respecter la “méthode scientifique” et à ne pas altérer les conditions de l’expérimentation tant qu’elle n’est pas terminée. Sinon, on n’aurait pas pu tirer des conclusions valides dans le sens strict du terme, tout n’aurait été qu’hypothèses et spéculations. On peut maintenant dire, avec certitude, soit que les délais pour la participation à distance ont été courts dans certains cas, que 15 minutes sont insuffisantes pour boucler la synthèse d’une discussion d’une heure et demie, soit que l’on aurait dû faire en sorte que certains PADistes animent la discussion virtuelle, par exemple.

Une autre leçon très importante est que l’on doit ajuster le temps de synchronisation des participants présents avec les “distants” à une journée entière et non à des périodes de deux heures comme cela a été le cas au cours de cette expérience. De cette manière, ceux qui participent via la PAD peuvent trouver un moment dans la journée ou dans la nuit pour lire et réagir.

Émile, maintenant que je t’écris tout cela, je suis de plus en plus convaincue que j’aimerais vivre à nouveau une telle expérience , revue et corrigée avec tout ce que l’on en a appris. C’est vrai, j’aimerais la vivre depuis la perspective de ce que quelqu’un a baptisé “l’espace fractal”, c’est-à-dire en participant depuis les deux mondes à la fois, le présent et le distant.

Je me demande aussi ce qui se serait passé si nous avions changé le schéma à mi-chemin.

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Les essieux de ma charrette

Je voudrais maintenant revoir avec toi les résultats atteints lors des sessions dédiées proprement au contenu. N’attends pas que je sois exhaustive mais je te promets que je ferai de mon mieux pour te transmettre l’essentiel dans tous les cas. Je te rappelle, et pardonne-moi si je semble insister trop sur ce thème, que tu peux lire les détails des PADin&out à http://funredes.org/mistica/comunidad/mail/index.html, ou, mieux encore, directement à partir du calendrier quotidien de l’événement, en les situant dans leurs sessions respectives.

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Mondialisation (S3)

Le thème de la mondialisation (S3 ; à partir de maintenant j'utiliserai la nomenclature qui apparaît dans le calendrier de la réunion où les sessions –S- sont numérotées) a produit une grande activité. C’était le moment d’examiner le contexte et voir si l’on pouvait avancer ensemble. On s’est demandé si, pour saisir sa définition et sa portée, il fallait privilégier le point de vue économique comme aspect déterminant. On a essayé de rendre le concept opérationnel et on a conclu qu’il faut continuer de travailler sur le sujet, favoriser une étude en profondeur et se rapprocher d’autres groupes de travail spécialistes de ce sujet pour apporter leur connaissance à Mistica. La relation TIC – mondialisation semble irréfutable. Serait-elle irréversible ? Maintenant, il va falloir incorporer ou faire sentir aux principaux promoteurs de la mondialisation, qui concentrent le capital, les buts ou intérêts de tous les habitants de la planète. On ne peut pas être un observateur passif du processus, nous sommes tous dans la même galère et la seule solution possible est d’être proactif10.

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Diagnostic sur la pénétration des TIC (S4)

Par la suite, on a abordé le diagnostic concernant la pénétration des TIC en Amérique latine et dans les Caraïbes (S4). Ici, la dynamique a commencé à devenir “chaude”. Les fondements de la position “polémique” dans cette session sont accessibles à http://funredes.org/mistica/download/DIAG.rtf d'où tu peux les télécharger. En examinant l’ensemble des indicateurs qui existent sur la pénétration des TIC, on devine que presque tous se fondent sur la mesure de la connectivité et qu’on fait peu de cas, peut-être à cause de la difficulté que cela pose, de ceux qui utilisent ces outils, du but dans lequel on les utilise et de la façon dont cette utilisation change le comportement de l’utilisateur. On a conduit avec une certaine profondeur un modèle d’analyse qui incluait la mesure de l’accès, les produits et l’impact. Ensuite, la dynamique nous a poussé jusqu’à dire que la conception de l’utilisateur de l’Internet actuellement favorisée est celle de l’acheteur dans un grand centre commercial, au détriment de la formation d’utilisateurs(trices) plus orientés(ées) vers une autonomie dans la recherche d’informations pour la production et le développement de nouveaux paradigmes organisationnels et sociaux.

Tu sais qu’il existe différentes tentatives pour mesurer la pénétration des TIC et que plusieurs essais ont été menés pour appliquer ces mesures dans la région. On a mis en évidence que peu de ces efforts proviennent de pays en développement, et donc les mesures, généralement, ne reflètent pas les caractéristiques qu’en Amérique latine et dans les Caraïbes nous considérons comme les meilleures. Nous devons donc définir et mesurer nos propres indicateurs. Il n’est pas nécessaire de partir de zéro pour le faire, bien sûr. Nous avons encore pas mal de travail à faire entre nous, et du travail passionnant, en plus.

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Évaluation de l'impact social (S5)

À mon humble avis, en incluant l’impact dans le modèle nous avons arrêté de parler de pénétration des TIC et nous avons commencé à nous lancer dans l’évaluation de l’impact social, qui était précisément le thème suivant à discuter (S5). Le point de départ a été qu’évaluer l’impact social pour le qualifier de positif ou de négatif impliquait une évaluation préliminaire, une intention, un but ou un objectif par rapport auquel on désire faire ressortir un processus évolutif. Par la suite, le côté positif ou négatif de l’impact dépendra de qui mesure les changements et de son intention d’arriver à un certain type de résultat désiré. Cela a remis sur le tapis la discussion à propos de l’accord sur le mot “impact social” (l’impact, argumentèrent certains, présuppose un coup et nous savons toutes que les changements sociaux ne se font pas d’un coup) et s’il n’était pas mieux d’employer des termes comme “utilisation sociale”, ou de façon plus générale, parler de la relation TIC-société. Tout en reconnaissant les limitations du mot, on a accepté de continuer de parler d’”impact” car ce terme est largement accepté.

Il reste alors à déterminer les indicateurs à mesurer pour le champ d’études, avant et après l’utilisation des TIC, afin de préciser les mécanismes de collecte d’informations les plus adaptés pour renforcer ces indicateurs. C’est là une description schématique de la tâche à remplir dans ce domaine. Et cette tâche implique alors des activités telles que : développer des méthodologies, des cadres conceptuels, depuis le point de vue de l’utilisateur(trice), chercher et recenser des antécédents et des bibliographies, mettre en place des observatoires de ces processus et créer des réseaux d’évaluation d’expériences.

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Éducation (S6)

Une fois comprises les difficultés des "mesures", on est passé aux aspects pour lesquels on voulait “mesurer” un impact positif, c’est-à-dire, comme tu l’auras deviné, les axes thématiques identifiés par la CV. Le premier d'entre eux est l'éducation (S6). À la présentation de ce qui avait été établi lors de la discussion préliminaire (mais si, tu sais bien, le fameux DOC-CV, à http://funredes.org/mistica/comunidad/samana/docutrab.html) succédèrent deux présentations qui essayaient de polémiquer à ce sujet. La première d'entre elles est partie du fossé toujours plus grand entre le Nord et le Sud et sa répercussion dans l’éducation ; d’où le fait que nous ne savons pas avec certitude jusqu’où nous mènera l’incorporation des TIC à ce sujet, pourtant si important. La plus grande couverture technologique ne s’étend pas jusqu’aux lieux éloignés où existe le plus grand besoin mais plutôt vers ce qui est le plus rentable pour l’entreprise éducative, or ces deux logiques ne coïncident presque jamais. Finalement on s’est demandé comment peser dans des politiques publiques éducatives qui profitent de façon novatrice des possibilités des TIC en même temps qu’elles minimisent leurs risques.

L'autre position, centrée sur les universités virtuelles, insistait avec un certain pessimisme sur le futur : elle considérait comme déterminante l’intention des promoteurs de projets éducatifs appuyés par les TIC d’opter pour des modèles éducatifs, des équipes humaines de travail et des options technologiques. Et il semble difficile de renverser les tendances dominantes dans ce domaine étant donné que l’intention qui semble guider le processus est mercantile.

Le débat présentiel aborda de nouveau les principales préoccupations qui complétaient les analyses consciencieuses de l’impact des TIC sur l’éducation. Pour plus de précisions, lis en particulier le message “MISTICA : PADout de la session 6 (mardi matin)”, dans le répertoire http://funredes.org/mistica/comunidad/mail/index.html. L’attention a finalement été portée sur le besoin de connaître les motivations sous-jacentes aux projets de ce type, de constituer des équipes de travail multidisciplinaires, d’assurer une formation à tous les niveaux pour aborder cette tâche.

La participation à distance a été d’accord sur presque tout et a ajouté la préoccupation due au fait que les universités virtuelles sont une forme supplémentaire du néolibéralisme qui menace des emplois : dans la mesure où elles entrent en compétition avec les options locales, les établissements du Sud seraient désavantagés. La formation à tous les niveaux semble être une fois de plus une tâche urgente. Un point nouveau est par ailleurs venu de par-delà les océans : l’importance de créer une culture du télétravail qui soit une nouvelle solution pour des secteurs qui, pour différents motifs, peuvent aujourd’hui se voir marginalisés par l’apport de leurs connaissances, que ce soit par ignorance ou par manque de temps.

Il n’est pas étonnant que l’éducation soit l’un des thèmes ayant déclenché le plus d’enthousiasme. Nous avons depuis de nombreuses années nourri des espoirs de transformation afin que les TIC puissent favoriser ou faciliter l’éducation. Les conséquences ne sont pas évidentes, pour le moment cela reste toujours une promesse à tenir.

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Démocratie, gouvernance et participation civique (S7)

L'axe thématique suivant a été “démocratie, gouvernance et participation civique” (S7). D’autres inventions sont apparues. Durant la réunion présentielle, l’exposé des discussions pré-Samaná a été suivi par la présentation d’un apport réalisé par un membre de la CV qui était resté à distance. Comme il avait au préalable envoyé son document via l’Internet, (http://funredes.org/mistica/comunidad/samana/gouvernance.html), l’une des participantes put faire une bonne interprétation de ses arguments polémiques. Les points centraux de sa thèse ? Il suggère trois axes pour promouvoir la relation TIC – gouvernance. Le premier, en tant qu’outil d’administration de la chose publique ; le deuxième, pour améliorer le flux de communication entre administré(e)s et administrateurs(trices) ; et le troisième, comme contribution au processus institutionnel de la démocratie participative et de légitimation dans la prise de décisions.

Une autre position polémique s’est présentée lors de la réunion, et elle confirme ce que je t’ai dit sur le fait que ces gens n’y vont pas par quatre chemins lorsqu’il s’agit, précisément, de découvrir d’autres voies. En l’occurrence, il a été dit que la recherche de la démocratisation de la communication suppose la recherche de nouvelles formes de contrôle social, par exemple par le contrôle des points d’entrée à l’Internet. En ce qui concerne la démocratie dans le cyberespace, on a insisté sur la perte d’autres espaces démocratiques hors de l’Internet à cause des dangers que sont l’exclusion de ceux qui n’y ont pas accès, et la concentration des possibilités de machinations ou de pressions dans certains secteurs sociaux.

Pour conclure sur ce sujet, la CV, la partie présentielle et la distante, précisa qu’il est nécessaire de construire des ponts à l’intérieur du cyberespace et vers l’extérieur afin d’articuler de manière efficace l’accès à l’information avec des possibilités de participation, qu’il faut apprendre à participer, sur le plan émotionnel, social ou éthique, tout autant que de s’approcher des espaces d’action parallèles. Les réseaux universitaires, populaires et communautaires sont d’une importance vitale dans ce contexte, tout autant que la connaissance des limites imposées par les lois concernant les droits d’auteur et la propriété intellectuelle. Il est ressorti que des projets en coopération, avec la participation du secteur académique, des entreprises privées et du service public, permettent le développement de la compétitivité et que cela renforce la souveraineté nationale.

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Groupes de travail (S8) et table ronde

La session S8 avait été intégrée à l’agenda pour mettre en relation des groupes de travail formés parmi les présents à Samaná. Il n'y a pas de rapports officiels (PADout) de ce qui s'est passé là-bas mais, selon les bruits de couloir du cyberespace, cette rencontre non structurée a fini par être l’une des expériences les plus enrichissantes pour ceux qui y ont participé. J’imagine qu’elle a fonctionné comme une soupape de sécurité après les deux jours de rigueur du calendrier établi.

Et maintenant, retour aux événements, Émile. Comme si cela ne suffisait pas, après toutes ces inventions étranges que l’on a faites à Samaná, un petit carré a essayé d’organiser une table ronde! Oui Monsieur, parfaitement, une table ronde avec les habitants de la petite ville qui nous hébergeait, pour parler des thèmes de l’Internet et du monde des TIC. Ce fut une tentative pour atteindre les gens de la rue. Rien de très carré dans ce qui est ressorti de cette fameuse table ; l’un des membres de la CV qui participait à l’expédition à Samaná a même été un peu gêné car pour lui cela ne ressemblait pas vraiment à une table ronde. Il est vrai que dans les Caraïbes tout est relatif.

Pour une fois on n’a pas demandé d’évaluation au public présent mais selon mes sources secrètes, je peux te dire que l’assistance était nombreuse et que la grande majorité ne savait pas ce que signifiait le mot “Internet”. Imagine un peu le défi pour réussir à établir un dialogue sur l’impact social de l’Internet. Je ne sais pas si le public a apprécié les efforts sincères, et sympathiques la plupart du temps, qui ont été faits pour transmettre ces concepts en termes simples. Il n’y a pas de doute que s’exposer à de telles situations est quelque chose qui mérite respect et considération.

J’ai tendance à croire que des expériences comme celles de la table ronde sont bénéfiques pour les deux groupes de participants : ceux qui essaient d’expliquer un certain nombre de choses à des gens qui ne manipulent pas le jargon habituel du milieu, et ceux qui écoutent des “experts” qui tentent de leur prouver que, finalement, ce qui se discute lors de conciliabules d’élus n’est pas si éloigné de leurs préoccupations quotidiennes et locales. En bref, après la PAD ils ont essayé la PAP (Participation Avec le Peuple). Est-ce que cela a servi à quelque chose ? Le peuple le dira…

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Économie et productivité (S9)

Les discussions de l’axe “économie et productivité” (S9) ont été difficiles à focaliser à cause de l’étendue des éléments relevant du thème. Après avoir présenté les conclusions pré-Samaná de la CV, on s’est accordé sur l’obligation de préciser la motivation qui est sous-jacente à un modèle économique ou de productivité, car, bien qu’étant légitimes, plusieurs de ces modèles ne favorisent pas la diminution des actuelles inégalités ; même, certains s’appuient sur l’expansion de ce fossé. Cette CV est donc intéressée par une économie et une productivité propres à promouvoir des modèles originaux auprès des dominants mais en articulation de façon positive avec ce qui existe déjà. On a qualifié cette économie de solidaire/alternative/sociale.

La position polémique a proposé un schéma conceptuel d'analyse des organisations et de leur relation avec les TIC, schéma qui met en rapport les systèmes d’information, les secteurs de l'organisation et les groupes de travail.

Dans la région, les activités sur ce sujet sont concentrées dans les petites et moyennes entreprises, et il faut examiner des indices de productivité sociale associés à l'emploi des TIC, comme la prise en compte du télétravail, de la formation et de l’évaluation, ainsi que des indicateurs relatifs aux effets sur la productivité de la population féminine. Une étape à franchir immédiatement est celle qui consiste à articuler la CV avec des réseaux d’acteurs du circuit d’”économie alternative”.

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Langue et culture (S10)

On est ensuite passé au thème des langues et des cultures (S10). Pour commencer, après la présentation des premières discussions et conclusions de la CV, la discussion s’est centrée sur la prise en compte de la question de “genre” dans la définition même des TIC, avec pour fondement l’équité dans la participation et dans la prise de décisions. Aucun doute, le féminisme n’est pas un problème réservé à nous les femmes.

Autre chose importante : en Amérique latine et dans les Caraïbes, il existe une variété de langues, certaines uniquement orales, en même temps qu’un important analphabétisme, ce qui dresse de nouvelles barrières sur le chemin de l’accès aux technologies. Ajoutons au cadre actuel la situation d’autres secteurs socialement marginalisés comme ceux des personnes aveugles, sourdes et handicapées en général. Quant aux traductions, il importe surtout de les élaborer en s’appuyant sur des réseaux humains qui facilitent ce processus et en rendant possibles les alliances qui permettent une traduction efficace au moyen des TIC. Il a également été prédit que dans le futur on manipulera trois langues : une locale, une nationale et une autre internationale. Science-fiction ?

Sans prétention à la “polémique”, a suivi la présentation de INKARRI (http://www.inkarri.net) où il a été montré comment les communautés indigènes de la région se sont organisées de façon stratégique, tactique et opérationnelle et a été souligné la relation au traitement et à la diffusion de l’information, à la recherche et à la formation de ces collectivités. Ce sont dans les communautés organisées et qui comprennent l’importance d’occuper les espaces que l’on prend des décisions globales.

Les conclusions sur ce thème sont fondées sur le fait que la domination s’exprime dans la langue et la culture par l’intermédiaire de la marginalisation des codes des cultures dominées. Il faut créer des conditions équitables apportant des potentialités et formant la population. Tu n’as pas l’impression que ce thème de formation est récurrent dans tous les thèmes ?

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Plage... et santé (S11)

Pour changer un peu, à ce stade de la réunion, après la session langue et culture, ceux et celles qui étaient jusque-là reclus à Samaná eurent la possibilité d’aller passer l’après-midi sur les jolies plages d’une île proche de l’hôtel où ils logeaient (Cayo Levantado, c’est le nom de l’île). Il fallait bien laisser ces pauvres gens respirer un peu et prendre le soleil. C’était le moment de recharger les batteries et certains indices montrent que cette promenade fut mémorable, à en juger par les photos que tu peux trouver sur le web. (http://www.funredes.org/mistica/comunidad/samana/album.html). Le bruit a couru qu’on ne veut pas publier les photos les plus compromettantes sur ce média afin de ne pas ternir l’auréole de sobriété qui plane au-dessus de certains participants. Dès que j’aurai reçu ces autres clichés par des voies informelles, je te les ferai parvenir.

De retour au travail le sujet a été celui de la santé (S11). La réponse polémique à la CV a pris une tournure cinématographique. Ne t’inquiète pas! Il ne s’agit pas d’effets spéciaux mais des analogies qui ont été utilisées pour illustrer l’enthousiasme à l’égard des possibilités des TIC dans le domaine de la santé. En l’occurrence, nous nous sommes retrouvés dans “Star Trek”, et l’état du système de santé de la région a été comparé à “Il faut sauver le soldat Ryan”, avec la particularité que le système de santé, c’est le soldat Ryan, et qu’il meurt. La question centrale qui se pose dans ce cas est de savoir ce que peuvent faire les TIC pour éviter cela. Enfin, le scénario mérite déjà un Oscar de l’Académie.

Il est toujours étonnant qu’un thème comme celui-ci, si prioritaire en Amérique latine et dans les Caraïbes, présente encore tant d’aspects ouverts à la recherche de réponses qui éclaircissent la situation. Il y a la conviction, pour moi une certitude, que les TIC en elles-mêmes peuvent aider à produire santé ou bien-être. Leur utilité est limitée à des groupes que l’on peut encore qualifier de privilégiés étant donné qu’ils restent concentrés dans certains secteurs de la société. D’autre part, tout le monde s’accorde à penser qu’une quantité plus grande d’informations ne diminue pas nécessairement la vulnérabilité face à certains problèmes de santé. Dans ce cas particulier, on a pris l’exemple de données comparatives concernant les répercussions actuelles sur la tuberculose et sur le VIH, le virus du SIDA.

Là où les TIC pourraient être utiles, c’est en tant que vecteurs permettant de divulguer des connaissances traditionnelles avant qu’elles ne soient brevetées et qu’elles ne deviennent le patrimoine des grandes transnationales de l’industrie chimique.

Réapparaît le problème de la formation. Il se traduit ici dans l’orientation des personnes vers la prévention davantage que vers la guérison, et vers l’emploi des TIC comme un instrument de prévention quotidienne qui serait articulé avec les moyens de communication traditionnels et massifs comme la radio et la télévision. Sans ces ponts le soldat Ryan ne pourra jamais atteindre le vaisseau Entreprise.

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Axes transversaux (S12)

Après les axes thématiques, on a parlé des axes transversaux : genre, environnement et populations socialement discriminées (S12). Bien sûr, ces thèmes avaient déjà été mis sur le tapis plusieurs fois au cours de la réunion, mais il y avait là l’occasion de se concentrer dessus. La dynamique pour cette session ne fut pas non plus pareille à celle des thèmes précédents, en fait. Je t’annonce dès maintenant qu’une conclusion claire à ce sujet est que les trois doivent être manipulés de façon intégrée ; en le faisant avec consistance on favorise un développement harmonieux.

En ce qui concerne le “genre”, on a commencé par des considérations fondamentales, comme le fait que vous, les hommes, vous n’avez pas conscience du fait que vous êtes aussi opprimés par le genre. À cela il faut ajouter l’attitude machiste des femmes en position de pouvoir. Dans le réseau, cela se reflète par la prolifération de blagues sexistes, dans le cyberespace sexuel (ce nouveau terme te plaît ?), par le manque d’espaces d’échanges sans préjugés concernant cette question, par le stade encore embryonnaire auquel se trouvent les schémas de travail flexibles qui incorporent les données hommes/femmes. À mon avis, la priorité principale, c’est la nécessité de former les nouvelles générations à l’utilisation des TIC dans une perspective de genre appropriée aux temps à venir.

Sur l'environnement le fait fondamental à considérer a été que les grandes réussites produites par les progrès des TIC ont été atteintes au prix de la destruction des écosystèmes et de l’apparition de problèmes de santé globaux. Pour des exemples clairs, il suffit de penser à l’extraction des minerais et à la production d’énergie.

De cela découlent plusieurs besoins. Le premier est celui de l’éducation et de la formation (comme on l’a dit avant, non ?) environnementale qui prête attention aux problèmes de production actuels. Les TIC peuvent être un excellent moyen d’information pour une action coordonnée et globale où l’humanité se situe naturellement dans son habitat. Un autre besoin est la promotion de l’utilisation des TIC qui consomment moins d’énergie et de ressources naturelles non renouvelables.

On attend de plus en plus que l’Internet se convertisse en un outil d’activisme pour les gens qui travaillent dans le domaine de l’environnement afin qu’ils puissent promouvoir une utilisation consciente et responsable des ressources naturelles. Il n’y a pas vraiment de temps à perdre.

Quant aux populations socialement discriminées le consensus de base part du fait qu’il y a, d’une part, des secteurs pour lesquels l’accès aux TIC sera très difficile, et, d’autre part, certains qui vont bénéficier des possibilités des TIC; par ailleurs, il existe des acteurs sociaux, des organisations et des réseaux qui pensent et agissent stratégiquement dans le domaine des TIC. C’est dans ce contexte qu’agissent les acteurs politiques qui revendiqueraient les TIC et leur accès comme partie du processus de renforcement des démocraties.

Devant le manque d'accès qui touche l’immense majorité de la population, et pas seulement par manque de ressources techniques (oui, encore la formation), on a besoin d’une définition actualisée du “service public universel”. Pour cela il est indispensable de connaître les besoins de ces secteurs opprimés, et, vu l’actuel contrôle des communications, pour maintenir également un contrôle social, un filtre s’impose. Ce contrôle est-il irréversible ? Bonne question, le débat continue…

On doit renforcer tout ce qui multiplie les options, comme les réseaux communautaires, catégoriser les groupes qui doivent être incorporés et structurer la connaissance de leurs besoins. Il n ‘y a pas un seul modèle de réussite mais nous savons déjà que nous devons rester vigilants sur les implications de l’utilisation des TIC et chercher des accords entre les institutions gouvernementales et non-gouvernementales, les entreprises privées et les collectivités — faire la somme de la plus grande quantité et qualité de volontés disponibles.

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Applications pilotes (S13)... ou Yanapanako

La dernière des sessions de travail, avant d'entrer dans la phase de conclusions, fut celle des applications pilotes (S13). Ces applications font partie du projet Mistica, une partie du budget correspond à leur financement, et leur but est d’appuyer des projets menés en coopération contribuant à la progression dans le domaine des besoins détectés. Dans ce cas, ce pourrait être, par exemple, des diagnostics sur l’impact social des TIC à propos des axes thématiques ou transversaux identifiés, ou encore des développements technologiques destinés à évaluer les impacts.

Afin de déterminer les critères pour le choix des applications pilotes on a commencé par faire un bilan des éléments communs identifiés au cours de la réunion. On a identifié des axes de travail (thématiques et transversaux), des lignes de confrontation, des risques et des possibilités, ainsi que des pistes d’action. On en a conclu qu’il faut agir localement, appuyer des expériences novatrices, s’articuler en réseau, l’ensemble devant être sous-tendu par un processus de recherche et d’évaluation permanentes.

Concernant les applications pilotes, la créativité des participants présents a produit un instrument qui structure différents types de critères (globaux, spécifiques, sur les conditions requises, celles du produit final et de l’opération) destinés à sélectionner les projets que la CV recommande d’appuyer. L’instrument a été baptisé YANAPANAKO, ce qui en quechua signifie “en nous aidant”.

Critères “GLOBAUX” :

  • Pouvoir civique
  • Interaction et synergie
  • Espaces d’interdépendance
  • Identité
  • Autonomie locale
  • Liens vers des processus sociaux existants
  • Contenu social important, c’est-à-dire que le contenu sera plus important que l’investissement en infrastructures relatives aux TIC
  • Thèmes identifiés dans les “pistes d’actions” précisées auparavant
  • Activités qui appuient un changement de paradigme

Critères “SPÉCIFIQUES” :

  • Couvrir divers axes transversaux
  • Aborder différentes possibilités d’action et diverses activités
  • Avoir plusieurs axes de travail
  • Envisager l’utilisation de plusieurs langues

Critères à propos des “DEMANDES” :

  • Travailler avec des groupes ou des processus existants, privilégier des groupes ayant de l’expérience
  • Présenter d’un budget viable, moins de 10.000 $ US
  • Envisager des cofinancements
  • Penser à ouvrir la porte à d’autres agences de financement
  • Faire un inventaire des ressources
  • Inclure un inventaire qui reprenne les besoins existants
  • Prévoir la divulgation de résultats ou d’expériences, éventuellement au moyen du “clearinghouse” prévu dans Mistica
  • Inclure des activités appuyant le changement de paradigme
  • Coopérer
  • Inclure des membres de cette CV

Critères à propos du “PRODUIT FINAL” :

  • Être proactif, c’est-à-dire, faire des actions concrètes d’appropriation sociale des TIC
  • Inclure un inventaire des ressources
  • Inclure un inventaire reprenant les besoins actuels
  • Prévoir la divulgation de résultats ou d’expériences, éventuellement via le “clearinghouse” envisagé dans Mistica

Critères à propos de l’”OPÉRATION” :

  • Projet de recherche action
  • Évaluation constante
  • Diagnostic participatif
  • Interaction et synergie

Comme tu peux le constater, mon cher ami, une fois envisagés les grands axes de travail présentant un intérêt pour cette communauté, on a identifié des “pistes d’action” et même une certaine méthodologie pour déterminer des applications pilotes qui pourraient favoriser des fonds “coup de pouce” du même projet et qui permettraient de donner une base solide à ceux qui jouent un rôle dans ce domaine des TIC et qui veulent produire grâce à elles un effet social “positif”.

Quant à la continuation de la réunion on a su que ce soir-là il y a eu des danses et des chansons jusqu’à une heure fort avancée de la nuit. L’effet combiné de la nourriture, de la boisson et de la musique de diverses régions du continent a donné comme résultat une histoire difficile à confronter avec la réalité. Pour te donner une petite idée, le légende dit que c’est cette nuit-là qu’a été immortalisée la danse du “Requin de l’Altiplano” (?).

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Conclusions pour commencer

Une fois la réunion terminée, il était temps d’évaluer ce qui avait été réalisé avant de passer aux étapes suivantes. Tu pourras tirer tes propres conclusions et faire ton évaluation maintenant que tu as lu cette chronique. Les membres de la CV ont fait ce qu’il fallait. Je te dis tout de suite où trouver l’évaluation de l’expérience faite par celles et ceux qui étaient à Samaná : (http://www.funredes.org/mistica/castellano/evaluaciones/resu02.html) et celle des PADistes ayant participé à distance (http://www.funredes.org/mistica/despues_samana/EvaluacionPAD.html). Aucun doute là-dessus, dans ce projet ils évaluent tout, et tout le temps. Ils sont comme obsédés par l’évaluation continue. Je vois ça comme la recherche d’une manière démocratique de corriger des erreurs et d’ajuster continuellement le tir en vue d’atteindre les objectifs globaux qui ont été établis. Cette manie me semble nécessaire et positive.

Une fois le bilan réalisé, les activités de la CV continuent. C’est le moment de préparer le site web pour ce qui suit : EMEC (gestion de listes de diffusion avec des synthèses en quatre langues), les applications pilotes et le “clearinghouse” (site de référence sur l’Internet concernant cette thématique), en plus des activités qui ont naturellement résulté de l’interaction de cet ensemble d’humanité sensible et solidaire. Nous voulons élargir la participation des personnes et des organisations dans notre CV. Tu penses à quelqu’un que tu pourrais inviter à Mistica ? Tu connais maintenant les paramètres et tu sais à quoi t’en tenir.

Il est certain, Émile, que Samaná constitue un jalon dans ce projet Mistica et en ce qui concerne l’effort pour s’approprier les TIC afin de créer des développements qui supposent un impact social positif. J’espère te revoir, mais à l’intérieur de la CV et impliqué dans les changements dont la région a besoin. Pour nous aussi le chemin se fait en marchant, comme le dit le poète espagnol.

Je termine ici mon récit car je dois retourner dans le monde réel. Ciao.

Mata Hari

L’équipe de coordination de Funredes,
Août 1999
Saint Domingue, République Dominicaine

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Dernière modification : 15/06/2000