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MISTICA: "Internet citoyen" - LEMONDE.FR

From: Yacine Khelladi (yacine@yacine.net)
Date: Mon Nov 12 2001 - 09:44:26 AST


Dispersés, les acteurs de l'"Internet citoyen" tentent de s'organiser
LEMONDE.FR [7/11/01]
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Au royaume d'Internet, les citoyens sont bien décidés à disputer le
trône aux marchands. Jusqu'ici dispersés, ils comptent sur les premières
Rencontres européennes du multimédia, de l'Internet citoyen et solidaire
(Remics), qui se tiennent au Haillan, près de Bordeaux (Gironde), du 8
au 10 novembre, pour se mettre en ordre de bataille. "Malgré les revers
de la Netéconomie, rares sont les dirigeants politiques qui ont pris
conscience que le Réseau n'a pas seulement une utilité marchande",
regrette Valérie Peugeot, l'un des principaux artisans des rencontres,
membre de l'association Vecam (Veille européenne et citoyenne sur les
autoroutes de l'information et le multimédia) et par ailleurs l'un des
membres fondateurs de l'association Attac (Association pour la taxation
des transactions financières pour l'aide aux citoyens).

RICHESSE ET POINT FAIBLE
Qu'ils soient engagés sur le terrain de l'action sociale, civique ou de
l'économie solidaire, les acteurs de l'"Internet citoyen" partagent
cette conviction que les technologies de l'information et de la
communication (TIC), bien utilisées, peuvent contribuer à un progrès
social et pas uniquement commercial. Ainsi, dans un quartier populaire
de Barcelone, l'association Ravalnet tente de sortir les gamins de la
rue en les mettant devant des ordinateurs. A Bologne, en Italie, la
municipalité s'essaie à la démocratie électronique pour impliquer
davantage ses administrés dans la gestion de la cité. Et en France, la
"coopérative d'hébergement numérique" Ouvaton fait entrer les
fournisseurs d'accès à Internet dans l'ère de l'économie sociale.

Mais cette richesse en termes d'acteurs et d'initiatives est aussi le
point faible d'un mouvement en pleine structuration. En effet, quoi de
commun entre les préoccupations d'informaticiens militants du logiciel
libre, d'animateurs de points d'accès public à Internet, de
collectivités locales ou de responsables d'organisations non
gouvernementales (ONG) s'échinant à démocratiser le Réseau en Afrique ?
"Nous attendons que les rencontres du Haillan débouchent sur un début
d'organisation de la multitude en collectifs capables de peser dans
l'opinion et sur la et les politiques afin de contrebalancer l'influence
de ceux qui ne voient dans Internet qu'un outil à faire de bonnes
affaires", résume Michel Elie, responsable de l'Observatoire des usages
d'Internet.

Le mouvement est en marche. En mai, une dizaine d'organisations se
regroupaient dans l'association I3C (Internet citoyen, coopératif et
créatif, www.i3c-asso. org) pour commencer à relier à l'échelle
française tous ceux qui partagent une approche citoyenne du Réseau et
préparer les Remics. Et en décembre, le deuxième congrès mondial des
réseaux citoyens sera organisé à Buenos Aires par le partenariat mondial
des réseaux de l'Internet citoyen (EACN).

Car les citoyens-internautes se sont d'abord organisés à l'échelle du
village global avant de penser à se rassembler au niveau local. Artur
Serra, le président catalan d'EACN, attend ainsi des rencontres qu'elles
jettent les bases de "la société civile digitale française" et estime
que "les réseaux citoyens sont des technologies de changement social".
Reste que les citoyens, fussent-ils numériques, contrarieront
difficilement la marche du monde s'ils ne s'allient pas davantage avec
les acteurs traditionnels de la société civile, à commencer par le
mouvement antimondialisation libérale. En janvier, ils n'étaient en
effet pas légion, les défenseurs de l'Internet citoyen, à avoir fait le
déplacement jusqu'à Porto Alegre pour participer au premier Forum social
mondial.

"FÉDÉRER LES ACTEURS"
À l'inverse, rares sont les contestataires de l'ordre économique mondial
qui, à l'instar de Laurent Jesover, webmaster d'Attac, sont présents au
Haillan. "Nous n'avons pas encore entamé une réflexion de fond sur
Internet, qui, s'il est un formidable outil de militantisme, reste au
cœur de la mondialisation financière et de la marchandisation du monde",
reconnaît le webmaster, qui compte sur les échanges ­ que devraient lui
procurer les rencontres ­ avec "des gens qui pensent le Réseau" pour
rattraper ce retard.

"Toute la difficulté est de fédérer des acteurs qui viennent de deux
horizons différents : le social et la technique", résume Valérie
Peugeot. De cette synthèse dépendra la capacité de la "société civile" à
faire résonner sa voix sur la Toile mondiale et à participer activement
à la construction d'une "société globale de l'information" pour
l'instant largement guidée par les appétits des grands groupes de
télécommunications.

Ainsi, Valérie Peugeot compte profiter des Remics pour "monter en France
un petit groupe de travail qui puisse s'articuler au niveau
international" afin de préparer le premier sommet mondial sur la société
de l'information qui réunira, fin 2003, à Genève, les principaux chefs
d'Etats membres des Nations unies, et devrait accorder une place ­
encore indéfinie ­ au tiers secteur. Mais la jeune femme ne se fait
guère d'illusions. Elle garde en effet une impression mitigée de sa
participation au groupe d'experts que le G8 avait constitué et, pratique
inhabituelle pour ce type d'organisme, ouvert aux secteurs privés et
"non lucratifs", afin de réfléchir à la réduction de la "fracture
numérique" : le travail n'a finalement fait l'objet que d'un communiqué
d'une dizaine de lignes lors du sommet de Gênes, en juillet.

"Il ne suffit pas d'être invité à une table de discussions pour entrer
dans un processus de démocratie participative, estime la responsable de
Vecam, encore faut-il inventer les conditions démocratiques de ce
dialogue." Pour Bertrand de la Chapelle, chargé des questions de
gouvernance à l'Institut français des relations internationales, c'est
aux acteurs de l'Internet citoyen que revient cet effort. "Ils ont une
responsabilité historique pour faire comprendre aux pouvoirs publics que
le Réseau est fondamental pour mettre en place un nouveau processus
démocratique participatif", estime celui qui dirigeait il y a encore
quelques mois le pôle TIC du Quai d'Orsay. "Le monde appelle aujourd'hui
de nouveaux modèles de gouvernance qui ne verront le jour qu'en
associant les secteurs public, privé et la société civile, dont
l'Internet citoyen est une avant-garde".
"Stéphane Mandard (par Le Monde interactif)



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