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MISTICA: Internet: Un formidable moyen de perdre son temps (debat au canada

From: Bruno OLLIVIER (Bruno.Ollivier@martinique.univ-ag.fr)
Date: Tue Jul 24 2001 - 13:35:31 AST


idrc/lettres de cyberie)
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LE DEVOIR DONNE DANS LE «NET BASHING»
Encore une fois on nous a servi des analyses bâclées, mal documentées
et teintées d'un esprit technophobe pour parler d'Internet. Il est
question ici du texte de Ricardo Gomez, «Internet : Un formidable
moyen de perdre son temps», publié dans les pages imprimées et Web
du Devoir ce 19 juillet.
                                                                      
Il serait trop long de reprendre un à un les points défaillants de
l'argumentation de M. Gomez tellement ils sont nombreux.
Cependant, examinons ce qui suit.
                                                                      
M. Gomez nous dit que, selon le groupe Nielsen Media Research,
18,9 millions d'internautes «états-uniens qui ont accédé à Internet
de leur domicile le mardi 2 septembre 1999 sont restés branchés en
moyenne 31 minutes et ont visité trois sites. Le site sur lequel ils
ont navigué le plus longtemps (67 minutes) est eBay.com, site où ont lieu
des encans en ligne et l'un des exemples les plus réussis de commerce
électronique.»
                                                                      
D'abord, il importerait d'appuyer une argumentation sur des données
plus récentes, ce qui serait fort aisé car Nielsen Media Research
publie des données hebdomadaires sur l'achalandage des principaux
sites. Il serait aussi utile de bien décrire la méthodologie
d'analyse de Nielsen qui semble échapper à M. Gomez et/ou à sa traductrice.
    
Réécrivons ce passage à la lueur des données de la semaine se
terminant le 15 juillet 2001, c'est-à-dire que 7 752 508 personnes,
soit 10,49 % des utilisateurs actifs cette semaine là, ont consulté le
                                                                      
site de eBay pour un moyenne individuelle de 36 min. 42 sec.
                                                                      
M. Gomez fait suivre d'un commentaire : «Le fait que l'internaute
nord-américain moyen consacre le plus gros de son temps à des ventes
aux enchères donne raison au philosophe italien Giovanni Sartori, qui
a analysé la banalisation du savoir et de la culture par la télévision
et qui prétend que la situation est pire dans le cyberespace [...] En
bref, pour certains internautes, le cyberespace est surtout un formidable
moyen de perdre son temps.»
                                                                      
Quant M. Gomez écrit que «l'internaute nord-américain moyen
consacre le plus gros de son temps à des ventes aux enchères», il
induit sérieusement le lecteur en erreur car il ne fait pas mention,
chiffres de juillet 2001, des 37 millions d'utilisateurs qui
consacrent en moyenne 16 minutes à AOL/TW (divers services en ligne), des
     
30 millions qui accordent 30 minutes à Yahoo! (recherche,
informations, services), des 27 millions qui fréquentent pour
22 minutes un des sites de Microsoft (technique, voyages,
actualités), etc.
                                                                      
M. Gomez oublie aussi de dire que si certains sites monopolisent
l'auditoire, et qu'il y a consolidation, les utilisateurs se répandent
joyeusement dans l'espace cyber et ne craignent pas d'explorer
diverses avenues. Toujours selon Nielsen, pas moins de 644 sites
rejoignent plus d'un million de personnes par mois. Tous une perte de
temps?
                                                                      
Du côté du Pew Internet & American Life Project, un des organismes
de recherche les plus respectés en cybermétrie, les arguments de
M. Gomez ne tiennent pas plus. Selon le Pew, dans une journée
typique, les utilisateurs échangent du courriel (49 %), s'informent
sur l'actualité (22 %) ou se documentent sur un passe-temps (19 %),
consultent les informations météorologiques (17 %), lisent sur des
thèmes de politique courante (17 %), font de la recherche liée à leurs
activités professionnelles (16 %), etc.
                                                                      
«L'internaute nord-américain moyen» dont M. Gomez nous dit qu'il
consacre le plus gros de son temps à des ventes aux enchères ne
représenterait selon les données du Pew que 2 % de l'ensemble des
utilisateurs.
                                                                      
À la vue de ces importantes erreurs de faits, il demeure difficile
d'accepter que Le Devoir ait affecté une journaliste à la traduction
des textes de M. Gomez (initialement rédigés en anglais pour un
organisme public canadien) et accordé place à ces propos dans ses
pages. Imaginons seulement qu'on ait parlé de finances et d'économie,
d'environnement ou de santé avec des données aussi fausses. Si
certains prétendent qu'il se dit n'importe quoi sur Internet,
reconnaissons aussi qu'il se dit n'importe quoi au sujet d'Internet.
Désolant.
                                                                      
Le Devoir : Internet: Un formidable moyen de perdre son temps
http://www.ledevoir.com/public/client-old/news-webview.jsp?newsid=3071
Nielsen NetRatings
http://209.249.142.27/nnpm/owa/NRpublicreports.toppropertiesweekly
Pew Internet Project : Time Online
http://www.pewinternet.org/reports/toc.asp?Report=37
                                                                      



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