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MISTICA: Triple facture digitale

From: Yacine Khelladi (yacine@aacr.net)
Date: Mon Jan 08 2001 - 16:22:39 AST


Note de la modération: Interview de Valérie Peugeot de VECAM
(http://www.vecam.org) à son retour de la réunion de la dot.force au Japon.

>FRACTURE NUMERIQUE
>
>"C'est à une triple fracture qu'il faut nous attaquer", Valérie Peugeot
>(Vecam)
>
>Propos recueillis par Martin Jouanneau
>
>Membre active de Vecam, Valérie Peugeot connaît la fracture numérique
>pour la vivre au quotidien. Animatrice d'un Espace Culture Multimédia
>(ECM) à Saint-Ouen, au nord de Paris, cette militante passionnée
>représente aussi la France à la Digital Opportunity Task Force (Dot
>Force). De retour du Japon, où s'est tenue la première réunion de cet
>instance, elle dresse un état des lieux de la fracture numérique et
>explique les mesures à prendre pour tenter de la réduire.
>
>IA : Quel est l'état de la fracture numérique à l'aube du troisième
>millénaire ?
>
>Valérie Peugeot : L'année 2000 était celle de la prise de conscience.
>Il faut bien comprendre que l'importance grandissante d'Internet ne
>fait qu'aggraver l'exclusion dans laquelle sont plongés de nombreux
>pays. Il est clair que si nous ne faisons rien maintenant, cela risque
>de nous exploser au visage.
>La fracture numérique est partout, et partout différente. Les pays les
>plus pauvres cumulent trois problèmes, que l'on retrouve également, à
>un degré moindre, dans les grands pays industrialisés.
>Le premier est celui de la connexion. On sait maintenant qu'il y a plus
>de serveurs connectés à Internet dans l'Etat de New-York que sur
>l'ensemble du continent africain. Quand ce n'est pas l'infrastructure
>réseau qui fait barrage, c'est le coût d'accès : au Tchad, une heure de
>connexion est facturée l'équivalent des trois-quart d'un salaire
>mensuel.
>Ensuite se développent également des impératifs de formations aux
>outils, aux usages ou aux contenus d'Internet qui sont loin d'être
>assurés partout où l'on est connecté. Un article de Libération sur les
>points d'accès publics en Inde donne un exemple flagrant de ce défaut
>de formation et de ses conséquences. Livrés à eux-mêmes devant un
>écran, les enfants de Delhi ne peuvent en rien tirer profit du réseau.
>Cet aspect de la fracture numérique s'observe également dans de
>nombreux pays.
>Enfin, l'aspect ultime, le plus généralisé et le plus pernicieux de
>cette fracture concerne la participation active au réseau. Il est
>essentiel sur Internet de savoir hiérarchiser l'information et même de
>construire soi-même du contenu.
>Si l'on ne combat pas chacun de ces aspects, on reproduira sans cesse
>sur la toile la fracture qui existe dans la vie réelle.
>
>IA : Comment les institutions internationales, et notamment la Dot
>Force dont vous faites partie, comptent-elles réagir ?
>
>V. P. : Le manque d'imaginaire politique de la Dot Force est
>dramatique. A tel point qu'il n'y a pas grand-chose à en dire au niveau
>de la lutte efficace contre la fracture numérique. On peut mettre ce
>bilan négatif sur le compte d'un tâtonnement légitime, mais on a
>vraiment eu le sentiment, lors de la première réunion à Tokyo de cette
>assemblée dérivée du G8, que les participants s'en remettaient au
>marché pour faire tout le travail. La démission des gouvernements est
>flagrante en la matière. C'est également valable pour les membres
>associés (Afrique du Sud, Brésil, Egypte, Indonésie et Sénégal).
>Pour ce qui est de la partie "ONG" de la Dot Force, elle était des plus
>surprenantes. L'Allemagne avait par exemple désigné un journaliste qui
>ne savait pas trop pourquoi il était là ! On avait surtout la triste
>impression de servir de caution. Cependant, même si certains nous
>cantonnent volontiers dans un rôle de caution morale, nous entendons
>bien faire entendre notre voix aux prochaines réunions.
>L'essentiel est de donner une certaine visibilité aux acteurs de
>terrain. Ceci est également valable pour les institutions européennes.
>L'initiative e-Europe manque de clarté, notamment au niveau des budgets
>alloués. Rares sont les initiatives concrètes qui sont réellement
>budgétisées. Le plus souvent, elles doivent quémander quelques sous ici
>et là.
>Il est essentiel de clarifier les rapports entre les institutions, les
>partenaires privés et les acteurs de terrains. Il faut que notre voix
>soient entendue, même si elle dérange parfois.
>
>IA : Qu'espérez-vous voir se mettre en place en 2001 ?
>
>V. P. : Il faut mettre en oeuvre des partenariats, créer des liens
>solides entre les différents acteurs d'Internet, sans en éluder aucun.
>Pour reprendre par exemple les problèmes de connexion, le marché n'a
>qu'un mot à la bouche : dérégulation. La fin des monopoles dans les
>télécoms doit s'accompagner de mesures qui incitent les opérateurs à se
>pencher sur le problème de l'accès généralisé au réseau. Les
>gouvernements ont les moyens d'imposer des cahiers des charges
>ambitieux, adaptant la notion de service public. Les points d'accès
>publics, et les formateurs qui vont avec, pourraient être imposés dans
>ces cahiers des charges. D'une manière générale, les associations qui
>se penchent sur ces problèmes au quotidien fourmillent d'idées que les
>gouvernements, s'ils les écoutaient, pourraient imposer au marché.
>Sur le plan international, la lutte contre la fracture numérique ne
>doit pas être une nouvelle forme de colonialisme à la sauce Internet.
>Nous avons tous beaucoup à apprendre les uns des autres et c'est dans
>cet esprit que nous nous en sortirons.
>Ainsi à l'ECM de Saint-Ouen, j'utilise les expériences de l'association
>Osiris au Sénégal, que j'ai pu rencontrer à Bamako en février.



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