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par
Koïchiro Matsuura |
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Sommes-nous
à l'aube d'un nouvel âge : celui des sociétés
du savoir ? Les bouleversements de la science au XXe siècle
ont été à l'origine d'une troisième
révolution industrielle, celle des nouvelles technologies,
qui sont des technologies fondamentalement intellectuelles. Cette
révolution, qui s'est accompagnée d'une nouvelle avancée
de la mondialisation, a jeté les bases d'une économie
de la connaissance, plaçant le savoir au coeur de l'activité
humaine, du développement et des transformations sociales. |
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Cependant,
information n'est pas savoir. Et la société mondiale
de l'information en gestation, qui est l'objet du sommet de Tunis
(du mercredi 16 au vendredi 18 novembre), ne trouvera tout son sens
que si elle facilite l'émergence de sociétés
du savoir pluralistes et participatives, qui incluent au lieu d'exclure. |
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Peut-on
dire pour autant que le XXIe siècle verra l'essor de sociétés
du savoir partagé ? Comme le souligne le rapport mondial
de l'Unesco "Vers les sociétés du savoir"
coordonné par Jérôme Bindé et publié
en vue du sommet de Tunis, il ne devrait pas y avoir d'exclus dans
des sociétés apprenantes, car la connaissance est
un bien public qui doit être accessible à tout un chacun.
Le savoir présente en effet deux qualités remarquables
: sa non-rivalité et, une fois expirée la période
de protection garantie par les droits de propriété
intellectuelle, sa non-exclusivité. |
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La
première illustre une propriété de la connaissance
déjà mise en relief par Thomas Jefferson -1743-1826,
troisième président des Etats-Unis- : son usage par
quelqu'un n'empêche pas l'utilisation du même savoir
par quelqu'un d'autre. La seconde signifie que chacun peut faire
usage librement d'un savoir relevant du domaine public. |
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On
sait bien aujourd'hui que l'essor de sociétés du savoir
partagé est la voie qui nous permettra de lutter efficacement
contre la pauvreté et de prévenir les risques sanitaires
majeurs tels que les pandémies ; de réduire les terribles
pertes humaines causées par les tsunamis et les tempêtes
tropicales et de promouvoir un développement humain et durable.
Car de nouveaux styles de développement sont aujourd'hui
à notre portée : ils sont plus axés sur l'intelligence,
les capacités scientifico-techniques de traiter les problèmes,
la valeur ajoutée intellectuelle et l'expansion des services
dans tous les secteurs de l'économie, ce qui devrait favoriser
un développement citoyen et, face à la société
du risque, l'essor d'une démocratie prospective. |
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Cinq
obstacles s'opposent cependant à l'avènement de sociétés
du savoir partagé. |
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La
fracture numérique : pas de connexion, pas d'accès.
Certes, le nombre d'internautes augmente sans cesse, atteignant
désormais près d'un milliard. Mais deux milliards
d'individus ne sont pas reliés à un réseau
électrique et les trois quarts de la population mondiale
n'ont pas ou peu accès aux télécommunications
de base. |
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La
fracture cognitive, encore plus profonde et bien plus ancienne,
divise profondément Nord et Sud, mais aussi chaque société. |
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La
concentration du savoir, et notamment des savoirs de pointe, ainsi
que des investissements scientifiques et éducatifs majeurs,
sur des aires géographiques restreintes, entraîne l'aggravation
de la fuite des cerveaux, du Sud vers le Nord, et entre pays du
Nord. |
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Le
savoir est par principe objet de partage ; mais dès lors
qu'il est converti en information, il a un prix. Où se situe
le nécessaire compromis entre l'universalité du savoir,
qui implique qu'il soit accessible à tous, et le respect
des droits de propriété intellectuelle ? |
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Le
savoir est par principe objet de partage ; mais dès lors
qu'il est converti en information, il a un prix. Où se situe
le nécessaire compromis entre l'universalité du savoir,
qui implique qu'il soit accessible à tous, et le respect
des droits de propriété intellectuelle ? |
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Pour
surmonter ces obstacles, les nations du monde vont devoir investir
massivement dans l'éducation, la recherche, l'"infodéveloppement"
et le développement de "sociétés apprenantes".
Il en va du destin de chaque pays, car les nations qui n'investissent
pas suffisamment dans le savoir et dans une éducation et
une science de qualité compromettent leur propre futur. |
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Quelles
solutions concrètes proposons-nous dans le rapport "Vers
les sociétés du savoir" ? En voici quelques exemples
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Investir
davantage dans une éducation de qualité pour tous
: c'est la clé de l'égalité des chances effective.
Les pays devraient consacrer une part importante de leur PNB à
l'éducation ; l'aide publique au développement doit
être davantage orientée vers l'éducation. |
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Gouvernements,
secteur privé et partenaires sociaux devraient explorer la
possibilité de mettre en place progressivement, au cours
du XXIe siècle, un "crédit temps" d'éducation
donnant droit à un certain nombre d'années d'enseignement
après la fin de la scolarité obligatoire. Ainsi tous
pourraient se former tout au long de la vie et auraient une seconde
chance en cas de sortie prématurée du système
éducatif. |
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S'il
faut investir davantage dans la recherche scientifique, et dans
une recherche de qualité en phase avec les défis du
futur, il faut aussi promouvoir des modalités concrètes
et novatrices de partage du savoir, telles que le "collaboratoire"
: cette nouvelle institution virtuelle qui réunit dans le
même mot laboratoire et collaboration permet à des
chercheurs de travailler en réseau au-delà des frontières.
Cette innovation, à laquelle on doit le décryptage
du génome humain, pourrait changer la relation Nord-Sud en
matière de science et freiner la fuite des cerveaux. |
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Il
faut aussi promouvoir la diversité linguistique dans les
nouvelles sociétés du savoir et valoriser les savoirs
locaux et traditionnels. |
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Mais
le Sud peut-il s'offrir les sociétés du savoir ? N'est-ce
pas un luxe réservé au Nord ? Je pourrais bien sûr
répondre, en paraphrasant Abraham Lincoln -1809-1865- : "Vous
trouvez que le savoir coûte cher ? Essayez l'ignorance !"
Ne faut-il pas tirer les leçons du succès tangible
obtenu par nombre de pays du monde ? Les uns ont investi massivement
pendant plusieurs décennies dans l'éducation et dans
la recherche scientifique et ont pu réduire ainsi considérablement
la pauvreté absolue. Certains ont d'ores et déjà
dépassé nombre de pays riches en termes de PIB par
habitant. D'autres pays, qui étaient déjà parmi
les plus avancés, ont encore accru leurs chances à
l'échelle mondiale, tout en améliorant encore leur
niveau de développement humain et durable. |
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Une
planète qui consacre désormais 1 000 milliards de
dollars par an aux dépenses militaires n'a-t-elle pas les
moyens de promouvoir des sociétés du savoir pour tous
? Des financements importants pourraient aussi être dégagés
en faveur de l'éducation et du savoir par des politiques
de réforme courageuses, visant à réduire certaines
dépenses improductives, à améliorer la productivité
des services publics, à rationaliser les administrations,
à supprimer un certain nombre de subventions inefficaces
et à lutter contre la corruption. |
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Face
à un monde profondément divisé par de multiples
fractures, il n'est d'autre solution que le partage des savoirs.
Pour paraphraser un proverbe africain, le savoir est comme l'amour
: c'est la seule chose que le partage grandit. |
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©
Unesco |
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05.11.2005 |
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