III. COMMENTAIRES SUR LES RÉSULTATS

COLLISION SÉMANTIQUE

Le concept de "collision sémantique" se comprend sur quelques exemples.
- chat, en anglais, signifie conversation et c'est un terme très utilisé sur l 'Internet ; c'est pour cela que les chats ne figurent pas à côté des chiens.
- il est difficile de différencier les "cancer" en anglais, français et espagnol, puisque le terme est le même.
- c'est à cause de cela que nous n'avons pas pu mesurer l'impact de la mode (mode est un terme très utilisé en anglais pour un sens différent de "fashion").
- le père du structuralisme ne figure pas dans l'étude à cause d'un fabricant de "jeans" plus "populaire" que lui.
- les réseaux en espagnol sont mesurés au pluriel pour éviter que les chiffres ne voient rouge.
- Smith, Dupont et Garcia peuvent être très célèbres, mais sans un deuxième nom, il est bien difficile de les distinguer de leurs homonymes...

Et plusieurs noms (comme Lenin ou Da Vinci) ont été mis à l'orthographe anglaise ou originale pour permettre la recherche.

PRÉSENCE DES CÉLÉBRITÉS FRANÇAISES

Il semble que, vu de l'Internet, le Français ne correspond pas au cliché du monsieur à bicyclette avec une baguette et un béret basque !

La renommée de la France provient, avant tout, de ses philosophes. Les hommes et femmes (Marie Curie) de science ne sont pas mal placés. Les personnages fictifs francophones (en particulier Astérix et Tintin) ont une surprenante mention dans l'Internet. En ce qui concerne la peinture et la littérature, le palmarès est honnête, sans plus. Dans les domaines musical et politique, les francophones sont loin derrière les anglophones.

Mais tout cela n'est-il pas le reflet de la présence réelle de la France à l'échelle planétaire ? Pour récapituler, les personnages de la francophonie qui ressortent sont, dans l'ordre :
Louis XIV, Napoléon, Asterix, Descartes, Voltaire, Pasteur, Victor Hugo, Chirac, Tintin, Pierre et Marie Curie, Ravel, De Gaulle, Pompidou et Mitterrand, Camus et Sartre (au coude à coude), Clovis, Rodin, Rousseau, Barthes, Charlemagne, Molière, Monet, Dior, Brel, Depardieu et Truffaut...

Il y a certainement des personnages très importants qui ont été oubliés et qui devraient figurer en tête du palmarès. Rien ne vous empêche de les situer vous-même en utilisant la même méthodologie !

Les chiffres font ressortir Mandelbrot, mathématicien contemporain français qui a créé les "objets fractals", très à la mode pour certains cyber-graphismes. Le cyberespace n'est pas chauvin : Christian Huitema, français, de l'INRIA est plus cyber-connu que l'ex Président de la Societé Internet (cela est probablement dû à sa capacité de publication dans les médias). L'auteur de cette étude, modeste contributeur à l'essor de l'Internet dans la région Caraïbes et Amérique Latine, est plus cité que le très actif Secrétaire Général de la Société Internet et aussi cyber-célèbre que la star historique du football français, Michel Platini ! Pourquoi ? Une fois de plus parce qu'il écrit beaucoup dans le monde Internet, et que, pour le moment, le football est un thème beaucoup moins traité sur l'Internet... que l'Internet.

Sur le plan politique, la France présente et passée tient une place qui correspond à son influence réelle ; il faut signaler que la très forte présence de Jacques Chirac est le résultat direct... de sa politique en ce qui concerne les essais nucléaires, laquelle a provoqué de très fortes polémiques au sein de l'Internet et des discussions sans fin qui ont saturé les "newsgroups" français pendant plusieurs semaines.

LES CHEMINS DE LA GLOBALITÉ

Finalement, ce palmarès de la globalité nous montre sans trucage le reflet de la perception planétaire des thèmes et des personnes.

En fin de compte, de la même manière que l'Internet n'échappe pas à la médiatisation, la médiatisation n'échappe pas à l'Internet. C'est ainsi que l'assasinat de Rabin gonfle les chiffres de citations, que le jeune cinéaste Kassowitz commence à capitaliser son très récent prix. L'exemple le plus marquant (voire inconvenant) est bien sûr celui de O.J. Simpson, sur le sort duquel les médias américains ont réussi à intéresser la planète... La même enquête, dans quelques années, le réduira à une importance moindre...

Chacun va se sentir surpris, souvent frustré, parfois agacé, de découvrir, dans notre sélection, l'absence de tel mot ou de tel personnage. Vous avez tous raison. C'est un exercise sans prétention que nous avons préparé pour la Journée de la Francophonie, avec pour intention d'éviter que les débats ne restent au niveau du subjectif absolu et du qualitatif.

Cet exercise est très imparfait, mais les résultats nous donnent cependant une meilleure idée des aspects quantitatifs qui sous-tendent le débat de la présence du français dans l'Internet. Deux fois, vingt fois ou deux cent fois plus, ce n'est tout de même pas la même chose !

Si Tintin et Mafalda surpassent largement Buffalo Bill, si Marcuse n'arrive pas à la cheville de nos philosophes, si George Pompidou arrive au niveau de Frankin Roosevelt, peut-être finalement est-ce que la préférence culturelle ne joue pas sur l'Internet ? Si les francophones sont si loin dans le domaine de la chanson et du cinéma, c'est plus un problème de langue et... de commerce, qu'un problème de culture. Si le jazz pèse plus, dans l'Internet, que la musique classique, cela s'applique aussi bien à ses compositeurs américains que français (voyez Claude Bolling) !

Et si l'Internet ne faisait que refléter l'état des choses, sans parti pris et sans a priori, par le jeu neutre et involontaire de phénomènes statistiques résultant de la participation de groupes ou individus dans un système où les règles sont simples et économiques, où les portes d'accès sont largement ouvertes à tous ?

CONCLUSIONS

Le résultat montre qu'il n'est pas établi qu'il y ait un favoritisme envers les États-Unis dans la cyber-célébrité ! Chacun peut se scandaliser de voir Smith peser 10 fois plus que Dupont. Mais si le critère, moins subjectif, est celui de la renommée internationale, le résultat n'est pas si choquant : Bob Dylan et Marilyn Monroe ne sont pas américains, ce sont des membres de la culture planétaire. Walt Disney et Michael Jackson sont certainement américains, mais avant tout, ce sont des piliers du commerce global...

Le critère de présence est clairement lié au degréde "GLOBALITÉ" du personnage.

Il convient, de plus, de comprendre que les pages web comptées proviennent de pays différents et sont en langues différentes.

Bien sûr, le cyberespace favorise, dans l'ordre :

S'il y a bien une question importante posée sur l'utilisation des langues, rien ne prouve qu'il y ait un problème sur le plan culturel (grâce à la culture globale qui sous-tend l'Internet).

En ce qui concerne les langues, la solution est simple :

Construisez vos ressources d'information dans votre langue. Mettez en scène, sans sous-titres et sans doublage, vos informations. Soyez acteurs de l'évolution et pas seulement spectacteurs.



PERSPECTIVES

Sur cette base, mais avec un travail plus systématique soutenu par des critères plus scientifiques sur le plan linguistique, en élargissant les recherches à d'autres espaces de l'Internet (listserv, news, gopher, wais), il devrait être possible d'établir un "observatoire de la présence du français dans l'Internet".

Si vous avez les financements pour mener à bien cette tâche, n'hésitez pas à contacter FUNREDES qui pourra vous proposer un agenda de travail :-).

Quelles sont les tendances ? Pour ceux qui travaillent au sein des réseaux depuis longtemps, le doute n'existe pas sur une nette tendance à la représentation équitable des langues et des cultures. Pour nous, le vrai débat est ailleurs.

L'Internet va t-il devenir le marché virtuel du temple? Ou bien restera t-il encore le temple des chercheurs ou le dieu information est partagé en toute liberté ?

Le vrai débat culturel est celui de savoir si la cuture du mercantilisme va en finir avec la néo-culture planétaire que les réseaux de la recherche avaient su créer et qui est caractérisée par :


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