CREER DES RESEAUX DE LA RECHERCHE DANS LES PAYS EN VOIE DE DEVELOPPEMENT: PAS VRAIMENT LA MEME HISTOIRE! Daniel Pimienta Directeur du Projet REDALC, Union Latine, Saint-Domingue. Actuellement, Président de l’Association Réseaux & Développement (FUNREDES) pimienta@funredes.org http://funredes.org Article rédigé en septembre 1992, présenté à la conférence INET93 (8/93) à San Francisco. Traduit de l’anglais en mars 1997, avec le concours de l’Union Latine. RESUME Cet article présente un ensemble structuré de règles destinées à concevoir et à opérer des réseaux de la recherche dans les pays en voie de développement. La méthodologie proposée est le fruit d’une série d’études et d’expériences pilote menées en Amérique Latine depuis 1989 (Projet REDALC). Dans l’introduction nous décrivons le modèle sous-jacent et les facteurs qui ont présidé au succès des réseaux de la recherche créés dans les pays industrialisés. Puis nous procédons à une comparaison avec la situation des pays en voie de développement, ce qui nous conduit à adopter une approche différente. Nous démontrons, par le biais d’une liste d’activités relatives à la création et à l’opération de réseaux, que la plupart des tâches à effectuer sont davantage d’ordre administratif que technique. Nous proposons plusieurs solutions structurées selon quatre niveaux hiérarchiques : institutionnel, organisationnel, financier et technique. Chaque niveau d’activité s’accompagne d’un ensemble de lignes directives spécifiques. Enfin, nous donnons quelques principes qui ont été la clé du succès de projets concrets tels que le Réseau Scientifique Péruvien (RCP) ou le Réseau Dominicain d’Echanges pour le Développement (REDID). MOTS CLES Réseaux de la recherche, pays en voie de développement, Amérique Latine et Caraïbes, méthodologie. I - INTRODUCTION Les succès reconnus pour la création de réseaux de la recherche ont prouvé l’indiscutable supériorité du modèle ascendant (bottom-up) lors du processus de conception. L’expérience a montré que le développement d’un noyau d’utilisateurs a permis progressivement de prendre de l’ampleur pour devenir un réseau de portée nationale. Le mécanisme qui rend possible une telle croissance a toujours été considéré comme entièrement naturel. Cependant, il existe un détail (à côté de nombreux autres éléments) à cause duquel il n’est pas toujours possible d’appliquer ledit modèle ascendant (bottom- up) des pays industrialisés, où il a fait la preuve de son efficacité, aux pays en voie de développement: les finances. ASPECTS FINANCIERS DES RESEAUX DE LA RECHERCHE Il suffit d’analyser les facteurs de croissance du modèle EARN/BITNET pour être convaincu - où que les regards se portent - du caractère indispensable des finances : a) fonds investis par les grands constructeurs d’équipements informatiques, comme IBM ou DEC: au cours des premières années, ceux-ci ont offert les équipements (terminaux ou micro- ordinateurs) et/ou les factures de télécommunications, b) fonds investis par les gouvernements pour continuer à financer une partie de l’infrastructure des télécommunications, c) fonds provenant des abonnements des organismes de recherche, d) ainsi que, peut-être, à l’avenir, les fonds que ces dernières devront allouer au paiement des factures des réseaux de transport qui sont de moins en moins subventionnés... Mais, bien entendu, l’argent n’est pas tout. AUTRES FACTEURS CLES DU SUCCES DES RESEAUX DANS LES PAYS DEVELOPPES Le progrès des réseaux de la recherche a été déterminé par des facteurs connexes tels que : la préexistence d’infrastructures nationales de télécommunications de bonne qualité, un degré élevé d’organisation et de coordination au sein des institutions de recherche (en général, des universités), la capacité de négociation des institutions de recherche avec les industriels du secteur informatique, l’existence de pionniers capables de concevoir des modèles de réseaux, de créer les conditions nécessaires à leur naissance, à leur croissance et à leur développement ininterrompu. Au vu de ces facteurs, les concepteurs de réseaux sont parvenus à la conclusion que le modèle ascendant (bottom-up) de type « pragmatique-réaliste » devait l’emporter sur le modèle descendant (top-down), « théorique-planifié ». Le modèle descendant aurait pu davantage retenir l’attention des architectes de réseaux, étant donné leur tournure d’esprit professionnelle. Toutefois, ils se trouvèrent dans une situation d’avant-garde par rapport à ceux qui élaboraient les normes de communication, ce qui les a encouragé à poursuivre et à adopter une attitude d’avance technologique. Les seuls points défavorables à l’essor des réseaux de la recherche sont la conséquence logique d’une situation dans laquelle ont primé les aspects technologiques : manque de standards et de normes, faible considération de l’utilisateur final dans la prise de décisions, maigres efforts de structuration des applications. ADAPTATION DU MODELE AUX PAYS EN VOIE DE DEVELOPPEMENT Mettre en question l’évidente validité du traditionnel modèle ascendant (bottom-up) dépasse le cadre de cet article. Nonobstant, si nous partageons l’opinion générale quant à cet aspect, il convient d’attirer l’attention du lecteur sur le risque de copier sans adaptation aucune, dans les pays en voie de développement, un modèle tellement propre au monde industrialisé. D’une part, le manque de moyens financiers peut empêcher le mécanisme naturel de croissance des réseaux à partir d’une application naissante vers une solution de niveau national. D’autre part, indépendamment de l’argent et du temps écoulé depuis le début de la mise en œuvre de la technologie des réseaux (serait-il judicieux de construire les réseaux actuels comme ceux d’il y a dix ans ?), il existe d’autres raisons pour lesquelles les solutions devraient être différentes, comme nous le verrons plus loin. De plus, les concepteurs de réseaux du premier monde ne devraient pas rester indifférents face à l’émergence des réseaux de la recherche dans les pays en voie de développement mais, au contraire, même si leur principal intérêt va aux canaux à large bande et aux « applications » (dans le sens du terme donné par l'architecture OSI), ils pourraient tirer leçon des expériences menées dans ces pays pour leur propre compte. En effet, à l’heure actuelle, se dessine une évolution des réseaux de la recherche qui tend vers un modèle de croissance basée sur la demande du marché (market driven) et, ainsi, vers des situations dans le cadre desquelles le pouvoir de coordination et les investissements ne seraient plus concentrés au niveau des infrastructures mais orientés vers la satisfaction de l’utilisateur final (assistance, formation, interfaces, applications pour les utilisateurs). L’importance de ce phénomène au sein des réseaux de la recherche des pays en voie de développement peut présenter un intérêt majeur pour les pays industrialisés et servir de leçon au monde entier. UN MODELE ADEQUAT Le présent article entend définir un ensemble de facteurs grâce à un modèle plus équilibré qui réunisse le meilleur des perspectives ascendante (bottom-up) et descendante (top-down), et qui soit adapté aux caractéristiques intrinsèques des pays en voie de développement. Et, puisque le « pragmatisme » est salutaire dans les activités des réseaux, nous présenterons un outil méthodologique concrètement applicable et qui, de fait, a déjà donné de bons résultats dans deux cas concrets, au Pérou et dans la République Dominicaine. II - ANTECEDENTS La méthodologie proposée est le fruit d’un ensemble d’études détaillées menées depuis 1988 par l’auteur, son équipe et un groupe de collaborateurs en Amérique Latine et dans les Caraïbes. REDALC (Réseau pour l’Amérique Latine et les Caraïbes) est un projet élaboré par l’Union Latine, organisme international dont la vocation est la défense des cultures et des langues néo-latines, et qui cherche à offrir une solution globale, intégrale et stable à toute la région en ce qui concerne les réseaux de la recherche. Les études susmentionnées ont été effectuées en premier lieu depuis l’Europe, en 1988 et 1989. Ultérieurement, grâce à des financements accordés par la Communauté Européenne en 1990, une étude de faisabilité à été menée pendant deux ans. Au milieu de l’année 1991, l’UNESCO s’est jointe à cette étude de faisabilité afin de traiter tout ce qui se rapporte au contenu du réseau d’information. L’Académie des Sciences d’Amérique Latine (ACAL) a participé aux études de l’UNESCO. L’équipe REDALC de l’Union Latine s’est également chargée d’autres activités et d’études parallèles, à savoir : une étude sur l’impact du réseau de la recherche dans les Antilles françaises, la coordination d’une liste de distribution diffusant l’information relative aux activités des réseaux de la région (REDALC@CNUSC.FR), la coordination du développement d’une interface pour PC, moderne, multilingue et indépendante du type du réseau (MULBRI : Mensajería de la Unión Latina en Beneficio de las Redes de Investigadores), en collaboration avec le PNUD et avec des chercheurs nationaux, participation active au lancement de deux réseaux nationaux, au Pérou et en République Dominicaine, en collaboration avec l’UNESCO et avec la participation de spécialistes de plusieurs nationalités (dont plusieurs des auteurs de la référence nº 5), organisation, à Saint-Domingue, du premier atelier de la région destiné à « enseigner aux utilisateurs comment utiliser et tirer profit des réseaux de la recherche ». Par le biais de ce processus commencé en 1988, le concept du réseau pour l’Amérique Latine est passé d’une simple copie de EARN à quelque chose de plus spécifique et approprié à la réalité économico-structurelle de la région (le modèle REDALC). Nous sommes convaincus de ce que la majeure partie de l’expérience acquise est applicable à d’autres régions de la planète (Afrique, Asie, Moyen-Orient, Europe de l’Est). Il revient au lecteur, et surtout aux concepteurs de réseaux, d’évaluer le degré de similitude des conditions dans ces régions, afin d’appliquer la méthodologie telle quelle ou en y apportant les adaptations culturelles nécessaires. III - LES PAYS INDUSTRIALISES FACE AUX PAYS EN VOIE DE DEVELOPPEMENT TOUT EST QUESTION DE PROPORTIONS Les fonds demandés à l’origine pour le fonctionnement du réseau EARN - environ dix millions de dollars - ont été obtenus, de 1985 à 1987, grâce à une subvention d’IBM destinée à couvrir les frais de télécommunications internationales. Notons au passage un fait économique capital : indirectement, la création de réseaux de la recherche a donné lieu à un transfert conséquent de capitaux privés de l’industrie informatique vers les opérateurs publics nationaux de télécommunications ! La gestion des réseaux nationaux requiert un budget annuel de l’ordre de quelques centaines de milliers de dollars à plusieurs millions. Jusqu’à présent, la plupart des frais explicitement imputés à ces budgets correspondent aux télécommunications. Pour le reste, il est probable que les coûts invisibles (essentiellement la main d’œuvre et les moyens fournis gratuitement par les universités) correspondent à l’assistance à l’utilisateur, à l’équipement, aux services de programmation, à l’administration locale et aux télécommunications nationales. Cependant, la majeure partie du « budget réel » (approximativement de 60 à 70 %) est destinée au règlement de la facture des télécommunications. Toutefois, la quantité et la qualité des programmes gratuits dont disposent les réseaux de la recherche n‘est pas un facteur négligeable, bien au contraire : s’ils étaient évalués en termes de production, de coûts et de bénéfices, leur valeur économique serait évidente. L’actuel système brésilien de réseaux (qui ne touche qu’à peine 20 % des utilisateurs potentiels) bénéficie de la participation importante de l’état de São Paulo, dont la contribution annuelle s’élève à plusieurs millions de dollars. Une des premières expériences que le réseau EARN a menées en Afrique a eu lieu en Côte d'Ivoire, il y a environ cinq ans. Les investissements de départ atteignirent plusieurs milliers de dollars pour un nombre réduit d’utilisateurs (on estime l’investissement à quelque 10 000 dollars par utilisateur). Selon les pays, la proportion de chercheurs par rapport à la population nationale est de 1 à 10 pour mille dans les pays industrialisés alors que, dans les pays en voie de développement, elle est environ dix fois moindre. En France, le nombre de professionnels du secteur Science et Technologie est de quelque 200 000, nombre équivalant au total de ce secteur pour l’Amérique Latine et les Caraïbes (le critère retenu ici pour définir un « scientifique » est beaucoup plus ouvert). Le salaire mensuel moyen du personnel enseignant en Amérique Latine est de 150 dollars et celui des chercheurs, malgré que dans certains cas il atteigne des niveaux internationaux (plusieurs milliers de dollars), n’excède généralement pas quelques centaines de dollars. Le budget nécessaire à la création du réseau de la recherche de Porto Rico (CRACIN) était d’environ 20 millions de dollars. Signalons que, curieusement, Porto Rico se caractérise par une histoire culturelle latino-américaine et un modèle économique nord-américain. Cet investissement a permis l’installation d’un réseau moderne qui fonctionne simultanément grâce à plusieurs protocoles, et à des fibres optiques (à la vitesse des T1) parmi les différentes universités dont les terminaux permettent une connexion à distance en fractions de secondes. Vingt millions de dollars suffiraient à la mise en œuvre d’un réseau de base propre à toute la région latino-américaine, en tenant compte de la mise à disposition d’un “transpondeur” de satellite de la région, en contrepartie de la contribution d’un organisme international sous forme d’équipements et de transfert de technologies. L’existence d’un tel réseau de base permettrait de réduire de manière significative les frais annuels de fonctionnement relatifs aux télécommunications à seulement quelques centaines de milliers de dollars par an pour l’ensemble de la région. Remarque : la comparaison que nous venons de faire n’est pas due au hasard, mais se veut porteuse d’une message essentiel. Pour vingt millions de dollars une île de 4 millions d’habitants a construit un réseau de la recherche moderne destiné à environ 2 000 utilisateurs, ce qui équivaut à un investissement de 10 000 dollars par utilisateur. Vingt millions de dollars permettraient d’atteindre un niveau minimum de services de réseau pour toute la région et ses 200 000 utilisateurs potentiels, ce qui équivaudrait à un investissement par utilisateur de seulement 100 dollars. Il serait évidemment malhonnête de passer sous silence le fait que, dans le premier cas, le budget couvrait absolument tout, des terminaux aux fibres optiques, alors que, dans le second cas, il n’est question que d’une infrastructure minimum et des coûts d’équipement. Quoi qu’il en soit, il s’agit de la somme grâce à laquelle la région pourrait gagner définitivement la bataille, en généralisant les réseaux de la recherche à moindre coût. DONNEES FONDAMENTALES SUR LES RESEAUX DANS LES PAYS DEVELOPPES La plupart des chercheurs, logiquement, font partie du monde enseignant, répartissant équitablement leur temps entre l’enseignement et la recherche. Le salaire des universitaires (plusieurs milliers de dollars) les incite à travailler exclusivement dans le cadre de leurs institutions, sans ressentir le besoin de chercher d’autres emplois. La plupart des institutions universitaires présentent les caractéristiques appropriées en matière de budget, d’administration et de coordination, ainsi qu’en ce qui concerne le matériel informatique et de télécommunications afin d’assurer l’installation, la gestion et la maintenance d’un nœud. L’envergure du marché universitaire quant aux produits informatiques est assez vaste pour permettre aux constructeurs d’investir chaque année, en promotion, dans chaque pays, des centaines de milliers de dollars. Les réseaux nationaux de commutation de paquets ont été développé indépendamment de ceux de la recherche. La contribution au financement des télécommunications pour les réseaux est marginale par rapport à la totalité des budgets nationaux destinés à l’Enseignement et/ou à la Science et à la Technologie. Le processus de création de réseaux de la recherche dans le monde développé est implicitement basé sur ces données fondamentales. Pourraient-elles s’appliquer de la même façon au secteur de la recherche dans les pays en voie de développement ? La réponse pourrait être affirmative pour certaines d’entre elles, mais pas pour la majorité. Dans de telles conditions, serait-il prudent d’appliquer le même modèle structurel ? IV - COMMENT REUNIR LES FONDS NECESSAIRES A LA CREATION ET A L’OPERATION DE RESEAUX DANS LES PAYS EN VOIE DE DEVELOPPEMENT ? Le coût unitaire d’un réseau national global tourne autour du million de dollars. Comment réunir les fonds ? En s'adressant directement aux institutions utilisatrices ? La plupart des centres de recherche ne disposent pas des fonds nécessaires à la création et à l’opération de réseaux, malgré le fait que tout le monde concorde à vouloir démocratiser l’accès à ces derniers. En s’adressant aux pouvoirs publics ? Il ne fait aucun doute que les gouvernements devraient participer au processus de financement des activités qui contribueront au développement global des réseaux, mais leurs maigres budgets ne leur permettent que rarement de s’occuper d’activités d’éducation ou de recherche qui sont considérées moins urgentes que, par exemple, l’alphabétisation, le développement des infrastructures éducatives de base ou l’augmentation des salaires du personnel enseignant. En s’adressant aux industriels du secteur informatique ? Les temps ont changé ! Les marges bénéficiaires de ce secteur ont diminué, les entreprises ne font plus de cadeaux (si on peut parler de cadeaux...), et moins encore dans les pays en voie de développement, car elles savent qu’elles ont bien peu à espérer en échange. Restent trois possibilités : 1) Encourager l’intégration régionale Des économies considérables pourraient être réalisées en construisant, de manière coordonnée, des infrastructures régionales de transport, en signant des accords régionaux pour la exonération des impôts sur les télécommunications utilisées par les réseaux de la recherche sur le plan national et international et, enfin, tout aussi important, en mettant à la disposition des réseaux des canaux satellites régionaux comme réponse adéquate, stable et autonome aux nécessités de la région. La Communauté Economique Européenne a investi et continue à investir beaucoup d’argent pour préparer le terrain de l’intégration européenne en matière de réseaux, essentiellement par le biais d’une politique normative, ainsi qu’en encourageant les entreprises communes (joint ventures) afin de développer des projets spécifiques dans des secteurs de haute technologie ; dans les deux cas, les objectifs sont fixés à moyen terme. Pour les régions en développement, l’intégration est une nécessité financière vitale et immédiate, et les réseaux sont l’activité type qui devrait voir fonctionner pleinement la coopération inter-régionale et même la coopération sud-sud. 2) Négocier avec les entreprises de télécommunications Nombre des pays latino-américains se sont dotés, au cours des dernières années, d’infrastructures de réseaux de données et de services à valeur ajoutée, ou sont sur le point de le faire. L’importance que revêtent les infrastructures de télécommunications pour le développement a déjà été largement vérifiée (voir réf. 13). Il est inconcevable que se reproduise, dans les pays en voie de développement, une situation semblable à celle qui a prévalu dans le monde industrialisé, c’est-à- dire une faible coopération entre les concepteurs de réseaux et les entreprises nationales de télécommunications. En outre, il serait judicieux que les opérateurs de télécommunications s’appuie sur ce segment de marché étroit certes, mais aux possibilités énormes de démultiplication que représente le secteur de la recherche. N’oublions pas que l’université forme aujourd’hui les entrepreneurs de demain. Offrir des tarifs préférentiels à la communauté des chercheurs pourrait permettre de résoudre intelligemment la vieille histoire de l’œuf et de la poule, qui freine le développement du marché de la télématique. Il paraît en effet plus rentable d’investir pour attirer le sous-marché des chercheurs que d’investir dans des campagnes de publicité visant l’ensemble du marché... Le réseau de la République Dominicaine fut le premier à recevoir l’appui massif d’une entreprise de télécommunications qui, soit dit en passant, parce que privée, sait faire des affaires... Les réseaux de la recherche sont un secteur essentiel d’intérêt commun entre les acteurs du marché des télécommunications, l’univers de la science et de la technologie et, à long terme, tous les secteurs du développement. 3) Encourager la coopération multilatérale La coopération multilatérale est sûrement la seule manière d’amorcer le processus de financement. Les organisations internationales peuvent accorder les fonds nécessaires à la réalisation d’une infrastructure régionale de base et agir de manière à activer les mécanismes évoqués aux points 1 et 2, dans le cadre de programmes régionaux. Il est certain que l’on pourrait croire, comme le montre la réf. 8, la construction d’un réseau aisée et peu onéreuse, et que l’utilisateur final pourrait payer la facture des télécommunications, étant donné qu’il est plus économique d’utiliser les systèmes de transmission de données que les moyens de communication traditionnels (téléphone, télex ou télécopie). L’on pourrait également être amené à penser qu’un tel modèle serait alors réservé à ceux qui ont les moyens de le payer et que, par conséquent, il serait restreint à une minorité formée par les universités les plus fortunées du tiers monde. Or, s’agit-il là du véritable credo des réseaux ? Serait-il juste que les chercheurs du tiers- monde paient de leurs deniers ce que leurs confrères du monde industrialisé ont obtenu grâce à des subventions ? V - UNE BAIGNOIRE INDIVIDUELLE PEUT-ELLE OFFRIR LES MEMES SERVICES QU’UNE PISCINE PUBLIQUE ? - INTRODUCTION A LA CONCEPTION DE RESEAUX Une idée fausse très généralisée existe au sujet des supposés effets magiques du modèle ascendant (bottom-up), selon lequel il suffirait de créer un nœud de quelques utilisateurs et de le connecter à un autre nœud pour que surgisse spontanément un réseau. Transformer un nœud de quelques utilisateurs en un véritable réseau de portée nationale requiert une solide organisation, la technologie appropriée et beaucoup d’argent. Prenons un exemple. Si nous comparons une baignoire à une piscine, il est évident que les deux permettent de faire trempette, mais il ne serait pas très réaliste de s’imaginer que l’on peut proposer un service de piscine publique à toute une population... dans une baignoire individuelle ! Et si votre plombier vous affirme que transformer votre baignoire en piscine ne présente aucun problème d’ordre technique, méfiez-vous ! Il se peut que le problème le plus difficile à résoudre ne soit pas lié à la tuyauterie, mais plutôt un problème d’organisation à l’égard duquel votre plombier n’est pas compétent, comme par exemple : recenser et établir les besoins à satisfaire pour votre clientèle de baigneurs, fixer les tarifs de la piscine et des services annexes, constituer une équipe de maîtres nageurs, se charger de l’administration et de la comptabilité de l’entreprise, assurer la qualité de l’eau, la sécurité des baigneurs et, bien entendu, leur intimité dans les vestiaires, évaluer l’affluence de baigneurs et calculer en conséquence les paramètres pour la purification et le renouvellement de l’eau, devancer d’autres besoins éventuels des clients (serviettes, boissons, repas, musique, solarium, etc.) etc. etc. etc. En définitive, on se rend compte que la quantité de travail et d’argent nécessaire à la transformation de votre baignoire en piscine publique est telle qu’il vaudrait mieux consulter un professionnel... Nous ne cherchons pas, par cette comparaison, à décourager ceux qui auraient l’intention de créer des réseaux à partir de projets de faible envergure. De tels projets sont nécessaires au processus d’apprentissage du fonctionnement des réseaux; mais il ne faut pas confondre un système de courrier électronique destiné à une dizaine d’utilisateurs et un système national. A cause d'une étonnante méthode d’inventaire des réseaux de la recherche, qui consiste à compter les nœuds, on en est arrivé à répertorier systématiquement les pays ayant accès à des réseaux sans tenir compte du nombre d’utilisateurs. Mais qui, en réalité, attache de l’importance au nombre de nœuds si ce n’est les vendeurs d’équipements informatiques ? L’important est le nombre d’utilisateurs. Il vaudrait mieux améliorer l’immense tâche qui consiste à quantifier l’accès aux réseaux, au niveau mondial, par pays (voir réf. 2) en prenant en compte, d’une manière ou d’une autre, le nombre d’utilisateurs. On pourrait à tout le moins déterminer des niveaux d’indices de pénétration : moins de 1 %, de 1 à 10 %, de 10 à 25 %, de 25 à 50 %, et plus de 50 %. Qu’il n’existe pas actuellement de recensements ou d’inventaires systématiques des utilisateurs dans le cadre d’Internet n’est pas une raison suffisante pour ne pas tenter de faire quelque chose, puisqu’il est toujours possible de procéder à un calcul approximatif. Par exemple, il est difficile de distinguer les réels utilisateurs du courrier électronique de ceux qui disposent d’une adresse mais ne s’en servent pas, car aucune donnée concrète n’est disponible sur ce point, mais il est toujours possible d’avoir recours aux lois statistiques. La comparaison entre la baignoire et la piscine permet également de démystifier les gourous de la technique. Parmi les nombreuses étapes à franchir pour construire un réseau de la recherche de portée nationale, la mise en place de l’infrastructure technique est, indéniablement, une phase importante, mais elle peut se planifier, tant du point de vue du temps que du financement. De plus, le nombre de techniciens nécessaires à l’installation d’un seul nœud est insignifiant par rapport à la quantité de main d’œuvre exigée par l’accomplissement de l’intégralité des tâches. En contrepartie, les tâches liées à l’organisation et aux ressources humaines sont plus sujettes à des retards et à des erreurs. CONSTRUIRE UN RESEAU SIGNIFIE BIEN DAVANTAGE TRAVAILLER ENSEMBLE A LA REALISATION D’UNE STRUCTURE ASSOCIATIVE COMMUNE QUE LA SIMPLE INSTALLATION D’EQUIPEMENTS ET DE PROGRAMMES INFORMATIQUES. VI - QU’EST-CE QU’UN RESEAU DE LA RECHERCHE ? Un réseau de la recherche est un ensemble de services télématiques mis à la disposition d’une vaste communauté d’utilisateurs. Créer un réseau va bien au-delà de l’installation d’un nœud et de sa connexion, d’une part avec plusieurs utilisateurs et, d’autre part, avec d’autres nœuds de par le monde. Cette objectif implique l’accomplissement d’une série de tâches avant de parvenir à un résultat digne de ce nom : identifier une base d’utilisateurs potentiels et leurs besoins (diagnostic, recensement, estimation de la croissance de cette base d’utilisateurs, enquêtes, répertoires, etc.), réunir les utilisateurs au sein d’une structure associative (statuts, règlement, possibilités de collaboration, etc.), définir une stratégie de sensibilisation de la base d’utilisateurs, proposer une formation et un perfectionnement aux utilisateurs, aider les utilisateurs (documentation, informations, etc.), coordonner les relations entre les utilisateurs et le réseau (définition du profil de l’utilisateur, sécurité, confidentialité, etc.), coordonner les services offerts par le réseau (contrôle des connexions et du nœud), gérer les finances (comptabilité et budgets), assurer la maintenance du réseau (prévention, détection, réparation de pannes, etc.), analyser le trafic et garantir l’approvisionnement du réseau en lignes téléphoniques, ports X25, connexions internationales, capacité de mémoire, modems, etc.). Bien entendu, cette liste n’est pas exhaustive, loin s’en faut. Au-delà des fonctions fondamentales de courrier électronique, de listes de distribution, de conférences, de connexions à distance et de transfert de fichiers, il est indispensable de porter une attention particulière, dès le début du fonctionnement du réseau, aux applications, c’est-à-dire, par exemple, les répertoires d’utilisateurs et les conférences, les réseaux d’information, les bases de données, etc. La qualité des services proposés par le réseau est primordiale, puisque l’utilisateur veillera à la qualité de chacune des composantes du système, à savoir : accès au système (en général, dans ce genre de réseau, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7), fiabilité du système (assurance que les données ne se perdront pas), temps de réponse, maintenance (laps de temps moyen écoulé entre deux pannes, laps de temps moyen écoulé entre une panne et sa réparation), qualité de l’interface avec les utilisateurs (durée d’apprentissage, facilité d’utilisation, fonctionnement), qualité de l’assistance à l’utilisateur (laps de temps moyen écoulé avant la résolution d’un problème rencontré par l’utilisateur, confiance de l’utilisateur que son problème sera pris en compte et résolu, clarté et efficacité de la documentation), quantité des ressources physiques du réseau (si elles sont trop abondantes par rapport au trafic réel, la facture sera trop élevée ; si elles sont insuffisantes, la qualité d’autres facteurs, tels que les délais de réponse ou la disponibilité du système, pourrait en être affectée), possibilités d’adaptations futures du réseau (aptitude à prévoir et à réaliser harmonieusement les mises à jour du réseau qui répondraient aux changements technologiques et à l’accroissement du trafic), sécurité du système. Ce concept de qualité se traduit en termes d’ingénierie sophistiquée et de besoins d’administration du système : modélisation et/ou prototypes, duplication des composantes du système, méthodes de maintenance à distance, méthodes de sauvegarde et de récupération de données, proportionnement des ressources selon les résultats de simulations, stratégie d’interfaces de télécommunication (protocoles et équipements), stratégie de trafic à moindre coût, méthode de planification et de contrôle. Ce que nous venons de voir s’applique en réalité à tout service informatique destiné à un large public et il ne faut pas perdre de vue que, dans tous les cas, l’objectif principal est de satisfaire le plus grand nombre possible d’utilisateurs potentiels par un rapport qualité-prix optimum. Examinons concrètement quels ont été les principes, les règles et les étapes qui ont présidé, en particulier, au lancement de réseaux dans deux pays en voie de développement (le Pérou et la République Dominicaine). VII - REGLES POUR LA CONSTRUCTION DE RESEAUX DANS LES PAYS EN VOIE DE DEVELOPPEMENT AVERTISSEMENT Apprendre à construire et à gérer un réseau est, sans aucun doute, une histoire sans fin. Nous voulons ci-après montrer ce que notre équipe a réalisé jusqu’à présent à partir des expériences et des études menées. Nous savons qu’il reste beaucoup à faire pour améliorer notre méthodologie, mais nous espérons que nos lecteurs nous feront part de leurs réactions, critiques et suggestions pour y parvenir. Précisons également que les règles ci-après mentionnées devront être adaptées aux circonstances particulières et aux caractéristiques sociales, économiques et culturelles nationales et régionales. 7.1 INTRODUCTION Ce qui suit peut être considéré comme un outil méthodologique, fruit de : un diagnostic minutieux des besoins en matière de réseaux dans les pays correspondants (1990), la conceptualisation d’un modèle (1991), une première expérience pilote au Pérou (fin 1991), l’insertion des résultats de la première expérience pilote dans le modèle conceptuel (début 1992), une seconde expérience pilote en République Dominicaine (courant 1992), une dernière phase de conceptualisation. Dans aucun de ces deux pays la construction d’un réseau n'est chose facile. Au Pérou, les difficultés rencontrées tenaient à la taille de la communauté des chercheurs, à la complexité de la situation socioculturelle et aux tentatives répétées de création de réseaux. Le cas de la République Dominicaine s’est avéré nettement plus simple, étant donné l’ampleur et la qualité de l’infrastructure de télécommunications ; il nous a fallu cependant créer la culture télématique qui était inexistante et identifier et sensibiliser les chercheurs. La méthodologie se compose de trois éléments bien définis : 1) Schéma de priorités pour résoudre les problèmes : organisation logique et hiérarchique des différents types de problèmes, utilisée pour déterminer les priorités. 2) Etapes : organisation chronologique du développement du réseau, utilisée pour planifier les tâches. 3) Autres éléments : identification de quelques facteurs clés et autres éléments qui mènent au succès. 7.2 SCHEMA DE PRIORITES POUR RESOUDRE LES PROBLEMES Il est nécessaire de résoudre les problèmes qui se posent en ordre décroissant de priorité, conformément au schéma pyramidal suivant : u INSTITUTION ORGANISATION FINANCES TECHNIQUES INSTITUTION : De quel modèle institutionnel s’agit-il ? Quels sont les secteurs de la société qui participent au projet ? A quelles conditions ? Quel type de relations entretiennent-ils ? Quel type de relations ont-ils avec les pouvoirs publics, avec l’opérateur de télécommunications et avec les autres réseaux régionaux ? ORGANISATION : Quel type d’organisation doit-on choisir ? Quel modèle de développement ? Quel modèle d’opération du réseau ? FINANCES : Comment obtenir des financements ? Comment utiliser le budget ? TECHNIQUES : Quelle structure et quelle conception aura le réseau ? Pour quel type d’équipement va-t-on opter ? Cette hiérarchie est basé sur de simples évidences, parfois oubliées: Elaborer un plan technique parfait alors qu’on ne dispose pas encore du financement nécessaire pour le mettre en œuvre est une situation frustrante: les bons arguments techniques ne sont en général pas le bon moyen pour obtenir des financements... Disposer de l’argent et du modèle technique approprié, sans une organisation structurée, n’est pas satisfaisant non plus, car on court le risque de gaspiller l’argent sans pour autant parvenir à des résultats concrets, et il sera plus difficile d’obtenir un financement la fois suivante... Mais peut-être la situation la plus frustrante et la plus difficile à surmonter est-elle de disposer de la solution technique adéquate, de l’argent nécessaire pour la mettre en œuvre et de la structure correspondante, sans que se manifeste une volonté politique permettant de mener le projet à son terme. Ce schéma pyramidal n’implique pas que la solution aux problèmes rencontrés doive être apportée selon un ordre chronologique : il ne s’agit que d’un ordre de priorités. Nous présentons ci-après un ensemble de règles associées à chaque niveau de la pyramide. 7.2.1. NIVEAU INSTITUTIONNEL Réunir dans le cadre d’un même projet des institutions se consacrant à des travaux de recherche et qui appartiennent à tous les secteurs de la société : universités privées, universités publiques, centres de recherche universitaires, conseils et centres de recherche dépendant des pouvoirs publics, organisations non gouvernementales (ONG) et organismes internationaux. Chacun de ces secteurs doit être représenté. Assurer un processus de développement équilibré qui se caractérise par des degrés optimaux d’autonomie et de participation de chaque groupe. Faire intervenir directement les chercheurs actifs, futurs utilisateurs finaux et, par leur intermédiaire, parvenir à ce que les institutions auxquelles ils appartiennent offrent leur soutien politique au projet. Ces trois objectifs institutionnels représentent le défi majeur de tout le processus de construction du réseau, raison pour laquelle ils appellent de plus amples commentaires. Etre chercheur en Amérique Latine n’est pas chose facile, il y a plus d’obstacles que d'attraits, et il faut faire preuve de patience et de persévérance. A l’exception des institutions les plus reconnues (universités et centres de recherche très bien organisés existants, qui n’abritent pas la majorité des chercheurs), il est difficile d’échapper au cumul d’emplois et à la recherche individuel de financements. Dans les situations historiques fréquentes où le les institutions du monde de la recherche ont été réduites par les dictatures, les ONGs ont joué un rôle historique essentiel. Et, s’il est clair que la mission d’un projet de réseau de la recherche est de renforcer le secteur académique et gouvernemental de la recherche, il serait irresponsable d’écarter les ONGs qui luttent à la base pour conjuguer recherche et développement social. Une fois ces objectifs atteints, on peut découvrir que la formation d’un groupe d’utilisateurs de réseaux présente une autre facette d’importance vitale : participer à la construction des institutions d’un pays, qui sont la base du développement. Ne pas oublier lors de la prise de décisions le facteur d’intégration régionale, au niveau sous- régional d’abord, puis au niveau régional. Rechercher le soutien des organismes internationaux ou avoir recours aux mécanismes de la coopération bilatérale de manière plurielle et complémentaire, et gérer ces contributions de façon autonome. Participer au développement du secteur national des télécommunications de données (essentiellement réseaux X25), inclure les représentants de ce secteur dans le processus de création de réseaux et, en contrepartie, négocier les meilleurs tarifs possibles pour l’accès aux réseaux nationaux X25 et pour les connexions internationales. Etablir des relations de coopération avec le secteur industriel. Se fixer, pour objectif secondaire, le soutien au secteur scientifique et technologique. Dans les pays où la structure officielle est solide, il convient de ne pas se présenter comme une structure concurrente, mais plutôt de mettre en place un mécanisme d’intégration totale avec le secteur officiel. Lorsqu’existe un Conseil National de la Science et de la Technologie (ou une institution publique équivalente) qui est à l’avant-garde de la création de réseaux et qui se charge des questions d’ordre technique, il reste quelque chose de très important à faire : constituer un groupe d’utilisateurs de réseaux capables d’orienter les décisions officielles dans le sens le plus pertinent pour l’ensemble des utilisateurs. 7.2.2. NIVEAU ORGANISATIONNEL Prévoir la participation des utilisateurs à chaque étape du développement du réseau. Mettre au même niveau, dans le modèle final d’organisation, toutes les institutions impliquées dans le projet. Offrir les mêmes droits et exiger des devoirs identiques aux institutions qui se joignent au projet après la phase initiale. Adopter, avec l’assentiment de tous les acteurs, le statut juridique d’une association à but non lucratif. Quant aux statuts de l’association, s’inspirer de ceux qui existent dans d’autres pays et les adapter. Commencer par une phase informelle et ouverte au cours de laquelle les institutions sont officieusement représentées par de futurs utilisateurs finaux intéressés par le projet. Ne commencer à concrétiser la structure juridique de l’association que lorsque ont été atteints des niveaux acceptables de consensus et de participation. Considérer la formation des utilisateurs plus prioritaire que celle des techniciens. Dans les pays dotés d’une large base d’utilisateurs, former des formateurs d’utilisateurs. Penser, dès le début, à intégrer les réseaux nationaux d’information. Profiter de cette impulsion pour créer de nouveaux réseaux d’information. Passer du modèle de type « assemblée » à celui de type « comité » dès que les participants actifs sont réellement coordonnés et qu’ils sont assez nombreux pour que soient prises des décisions viables lors des assemblées. Garantir l’information et la transparence totale dans les activités de coordination du groupe d’utilisateurs. Juger qu’il est du devoir de tous de diffuser les connaissances acquises lors du processus de développement du réseau et laisser l’accès libre à tous les documents qui ont été élaborés. Si, lors de la phase d’installation des nœuds, on bénéficie d’un soutien extérieur, ou d’une aide massive de la part d’une entreprise de télécommunications, organiser le transfert de technologie, et ce, de façon à ce qu’il fasse partie de l’accord. 7.2.3. NIVEAU FINANCIER Tenter de gagner le soutien des organismes internationaux ou des institutions de la coopération bilatérale pour tout ce qui relève du développement et de la formation. Atteindre le plus haut niveau possible de soutien de la part des opérateurs nationaux de télécommunications, surtout en ce qui concerne l’accès aux réseaux X25 et les connexions internationales. Essayer, dans la mesure du possible, que le lien international passe par un pays voisin. Demander aux principaux fournisseurs qu’ils offrent l’accès gratuit aux banques de données scientifiques commerciales pour une période d’essai. Négocier avec les industriels nationaux le budget destiné à couvrir les frais de fonctionnement. Obtenir des équipements gratuits de la part des entreprises. Il est toujours plus judicieux de bénéficier d’un soutien financier ou de demander le parrainage des entreprises que de recevoir des dons non souhaités. Comme chacun sait, dans certains cas les frais supplémentaires entraînés par l’acceptation de certains équipements gratuits sont plus élevés que la facture totale pour l’achat des équipements adéquats. L’essentiel est de ne pas s’aliéner le parrainage des entreprises et d’adopter une attitude de négociateur responsable, à même d’analyser les conséquences indirectes que peut entraîner une décision. Un autre moyen de garantir la liberté et l’indépendance est de formaliser les donations sous la forme de contrats pour un montant symbolique. Conclure des accords régionaux et sous-régionaux afin de réduire le coût des connexions internationales. Utiliser les structures régionales de formation technique déjà opérationnelles. Maintenir un niveau fixé d’autofinancement comme objectif raisonnable et déterminer un montant pour l’abonnement des institutions, ainsi que des prix précis pour les services supplémentaires. En général, l’argent perçu ne suffit pas à couvrir l’intégralité des frais de fonctionnement, mais cela vaut la peine d’équilibrer le budget administratif de l’association. 7.2.4. NIVEAU TECHNIQUE Réduire le nombre de nœuds. Dans les pays où l’on ne compte que quelques milliers d’usagers, s’efforcer d’adopter un modèle de nœud unique. Choisir UUCP comme protocole d’entrée. Intégrer le protocole TCP-IP dans le plan et se préparer, pour l’avenir, à l’architecture OSI. S’il existe un réseau X25 fiable, renforcer son usage pour se connecter au nœud. Dans le cas contraire, et surtout si le réseau téléphonique est en très mauvais état, envisager le recours à une station de réception satellite individuelle (VSAT). Encourager l’utilisateur à utiliser un PC, moyen le plus simple de se connecter au nœud. Essayer d’obtenir gratuitement l’interface PC la plus appropriée. 7.3. ETAPES Cinq étapes principales caractérisent le processus de création de réseaux : sensibilisation, conception, développement, phase initiale d’utilisation et phase de maturité. 7.3.1. SENSIBILISATION ELLE COMMENCE : Lorsque quelqu’un parvient à faire la preuve de l’intérêt que revêtent les réseaux de la recherche à l’égard d’un secteur déterminé de la communauté scientifique, que ce soit au niveau individuel ou institutionnel. ELLE S’ACHEVE : Lorsque chaque utilisateur potentiel a atteint le degré de conscience désiré, ce qui signifie que cette étape se poursuivra, pendant quelque temps, parallèlement à toutes les autres. OBJECTIF : Le degré le plus élevé possible de conscience de la part de l’utilisateur potentiel, quel que soit son secteur d’activité. MOTS CLES : Apprentissage. Prise de conscience. TÂCHES : Organiser des campagnes de démonstration et de promotion via différents moyens de communication. Etablir des contacts directs avec les individus ou les institutions clés. POINTS CRITIQUES : Si le développement du réseau est lent, entretenir l’intérêt des premiers utilisateurs. Etablir un équilibre entre le désir de répondre aux attentes des nouveaux utilisateurs et l’attention qu’il faut continuer à prêter à leurs prédécesseurs. COMMENTAIRES : En fonction du niveau de préparation du pays, cette étape peut durer de quelques mois à plusieurs années, période qu’il faudrait mettre à profit pour susciter une compréhension solide entre le réseau et les opérateurs des télécommunications, en leur démontrant qu’ils ne peuvent que tirer profit des campagnes de promotion susmentionnées. D’autre part, il est recommandé de leur demander, de temps à autre, de parrainer quelques manifestations - par exemple en fournissant, dans de telles occasions, un accès gratuit aux réseaux de données - de telle manière qu’une habitude se crée pour l’avenir. 7.3.2. CONCEPTION ELLE COMMENCE : Lorsqu’un groupe homogène, représentatif et motivé d’utilisateurs finaux décide de se réunir et de poursuivre un objectif commun. ELLE S’ACHÈVE : Lorsque le nombre d’utilisateurs impliqués dans le projet rend nécessaire la répartition des tâches entre plusieurs comités coordonnés, quant à eux, par un comité d’orientation. OBJECTIF : Former un groupe d’utilisateurs. Créer un consensus, au sein du groupe, quant aux principaux objectifs généraux poursuivis. MOTS CLÉS : Réunions de groupe. Intérêts. Participation. Dynamique. Fédération. Information. TÂCHES : Organiser une réunion générale afin d’arriver à un accord sur les principes fondamentaux. Formuler un diagnostic et une stratégie globaux pour chacune des composantes du processus. POINTS CRITIQUES : Faire face aux phénomènes de dynamique de groupe (conflits ou abus de pouvoir, intérêts cachés). COMMENTAIRES : Si on souhaite conserver l’élan nécessaire à la construction du réseau, il est indispensable de se fixer un plan d’action minutieux qui permette de structurer pas à pas le désir de participation des utilisateurs dans le cadre de comités organisés et unis pour atteindre des objectifs communs concrets. Soulignons que la nature même de ce mécanisme est aussi importante que les résultats obtenus, car il se crée une dynamique au sein du groupe. 7.3.3. DEVELOPPEMENT ELLE COMMENCE : Lorsque s’achève l’étape précédente, c’est-à-dire lorsque les sous-groupes sont arrivés à un accord sur des objectifs spécifiques et se sont structurés. ELLE S’ACHÈVE : Lorsque sont opérationnels et le groupe d’utilisateurs et les services du réseau. OBJECTIF : Organiser le groupe d’utilisateurs et les services du réseau. MOTS CLÉS: Comités. Action. TÂCHES : Elaborer un plan d’action coordonné. Déterminer tous les éléments indispensables au bon fonctionnement de l’association (statuts, logotype, signature, etc.). Préparer des accords nationaux, régionaux et internationaux. Mettre en œuvre l’option technologique choisie. Obtenir un soutien financier national. POINTS CRITIQUES : Conserver un haut degré de participation de la part des utilisateurs malgré l’adoption d’un modèle d’organisation plus hiérarchique. Assurer la transparence des informations transmises par le comité d’orientation aux sous-comités. Gagner le soutien des institutions pour les différents groupes. Atteindre au sein du comité d’orientation le meilleur équilibre possible entre les aptitudes individuelles et institutionnelles. Organiser le processus de sensibilisation de telle manière que soient évités les points morts, ainsi que les effets négatifs sur les délais impartis pour le projet global de construction du réseau. COMMENTAIRES : On ne plaisante pas avec cette étape ! Beaucoup de choses restent encore à faire mais, une fois que cette étape de démarrage est lancée, il n’est plus possible de revenir sur ses pas. Les membres du groupe d’utilisateurs de simples spectateurs deviennent acteurs, et c’est lors de cette évolution que se détachent les personnes clés, capables de devenir les futurs administrateurs de l’association. 7.3.4. PHASE INITIALE D’UTILISATION ELLE COMMENCE : Lorsque les services du réseau sont prêts à fonctionner. ELLE S’ACHÈVE : Lorsque le nombre d’utilisateurs actifs a atteint 10 % de la base totale d’utilisateurs potentiels et qu’un budget stable de fonctionnement a pu être établi. OBJECTIF : Vérifier chacun des composants et ajuster chacun des paramètres du modèle de fonctionnement du réseau. MOTS CLÉS : Formation et assistance à l’usager. Réglage. TÂCHES : Signer les accords en suspens. Mettre en œuvre de façon systématique des plans de formation des utilisateurs et élaborer un mécanisme efficace d’assistance à ces derniers. Chercher des locaux et les aménager. Embaucher des employés. Elaborer un schéma comptable viable. Etablir un schéma systématique de diffusion. Concevoir un plan de croissance. 7.3.5. PHASE DE MATURITE ELLE COMMENCE : Lorsque les services offerts par le réseau et la courbe de croissance du nombre d’utilisateurs se sont stabilisés. ELLE S’ACHÈVE : Jamais, si tout se passe bien... OBJECTIF : Améliorer la qualité des services offerts par le réseau et accéder aux nouvelles demandes des utilisateurs. TÂCHES : Toutes les tâches inhérentes à l’opération de réseaux. POINTS CRITIQUES : Satisfaire l’utilisateur. Installer les applications. COMMENTAIRES : Tout commentaire irait au-delà des limites de cet article. 7.4. COMMENT SUSCITER L’INTERET DES UTILISATEURS ET S’ASSURER LA CLE DU SUCCES La clé du succès réside dans le maintien de la cohésion et de la dynamique du groupe de participants, tout au long du processus d’installation du réseau, ce que permettent plusieurs mécanismes fondamentaux. 7.4.1. UN BON EQUILIBRE ENTRE LES COORDINATEURS ET LES UTILISATEURS. L’expérience montre clairement la nécessité de disposer d’un coordinateur expérimenté dans le domaine des réseaux, qui puisse prendre la tête du processus de création et qui s’intéresse davantage au bien-être de l’utilisateur final qu’aux aspects techniques. Il a pour tâche essentielle de rechercher la convergence des efforts de secteurs dont les objectifs et les intérêts divergent, ce pour quoi il conviendrait qu’il ne soit pas lui-même assujetti à de tels intérêts particuliers. Cela pourrait être plus facile à une personne issue d’un organisme international, surtout s’il a une relation quelconque avec le pays dans lequel il va opérer le réseau, bien que cette dernière ne soit pas une condition sine qua non. En revanche, une condition sine qua non pour assurer cette fonction est de manifester un intérêt profond pour la communication et un grand talent de négociateur, ainsi que la capacité d’inciter les autres à participer à la prise de décisions collectives. Toutefois, il est vrai que faire participer les gens sans leur offrir un attrait financier n’est assurément pas chose aisée. Ce problème peut se résoudre si les utilisateurs se sentent engagés dans une action prioritaire de portée nationale et dans une recherche permanente de transparence. Mais parvenir à cette transparence suppose un volume de travail (convoquer fréquemment de grandes réunions, reproduire et diffuser des informations) difficile à assumer sans le secours du courrier électronique. S’il fallait recommencer, les comités coordinateurs des réseaux péruvien et dominicain devraient penser à mettre en place un dispositif de bulletin électronique, dès la phase même de conception, qui permettrait de diffuser l’information en permanence et de lancer le processus d’enseignement des techniques télématiques. De même, il est essentiel d’offrir dès que possible un accès au réseau à ceux qui occupent les postes clé dans le développement de ce dernier. Il est extrêmement important de toujours laisser la porte ouverte à de nouveaux participants éventuels, étant donné que toutes les personnes qui travaillent pour le réseau sont bénévoles : leur souhait de participer peut varier avec le temps, comme l’expérience l’a montré. Le principal est de toujours maintenir un nombre suffisant de participants. 7.4.2. UN BON ÉQUILIBRE ENTRE LES INDIVIDUS ET LES INSTITUTIONS Par définition, les individus sont essentiels au processus de création d’un groupe d’utilisateurs, mais les institutions également sont un élément incontournable pour atteindre de bons résultats. C’est pourquoi il est important de pouvoir compter sur des personnes capables de concilier le point de vue institutionnel et celui de l’utilisateur final, et de représenter officiellement, le moment venu, les institutions dont elles dépendent. Il ne faudrait pas négliger des secteurs institutionnels entiers par manque de personnes intéressées par le projet. En définitive, l’idéal est de bénéficier d’un soutien officiel de la part des institutions et, dans le même temps, de disposer d’une méthodologie axée sur l’utilisateur. Concrètement, dans le cas du Réseau Scientifique Dominicain, 25 recteurs, directeurs et administrateurs des institutions fondatrices de l’association se sont vus solliciter leurs approbation officielle des statuts de l’association et désignation d’un représentant (22 d'entre eux ont répondu par l’affirmative). 7.4.3. UNE ATTITUDE FEDERATRICE TRADUITE DANS LES FAITS Dans la mesure du possible, il faudrait tenter d’identifier et d’associer au projet toutes les personnes qui ont déjà cherché à construire des réseaux dans le pays concerné pour unir les efforts de tous dans le cadre d’un projet commun d’envergure nationale. On a déjà vu que, en Amérique Latine, se manifeste parfois une attitude centralisatrice qui donne lieu à une tendance naturelle à la multiplicité de solutions au niveau national, ce qui crée inévitablement certaines tensions. Or, la différence entre l’attitude centralisatrice et l’attitude fédéraliste est fondamentale, bien qu’il soit difficile de distinguer les partisans de l’une de ceux de l’autre. Le centralisateur cherchera à imposer sa propre solution et à écarter celles de ses détracteurs. Le fédéraliste cherchera à regrouper les différentes solutions possibles et à préserver, tant que faire se peut, l’originalité de chacune. Engager une polémique à ce sujet n’a aucun sens. Nous recommandons l’adoption d’une attitude cohérente sur toute la durée du plan d’action : négocier avec les autres propositions pour tenter de les fédérer, si le résultat est satisfaisant, intégrer, et non pas assimiler, l’originalité de chacune d’entre elles (et, par là même, celle de chaque personne), dans le cas contraire, conserver, dans les faits, une attitude de coopération et de transparence à l’égard de la concurrence. Le but final est de satisfaire le plus grand nombre possible d’utilisateurs. Chaque projet qui partage cet objectif doit être traité avec respect et coopération. Bien que cela paraisse parfois difficile à comprendre, la multiplication d’efforts dans les pays aux ressources limitées a également des avantages. Et en définitive c’est l’utilisateur qui détient la vérité et qui l’établira. Ne perdons pas de vue, que, en fin de compte, le succès sera mesuré en fonction du nombre utilisateurs satisfaits, et non pas en fonction des alliances politiques de niveau national ou international. 7.4.4. UNE PARTICIPATION EFFICACE DES UTILISATEURS RESEAU QUI RESIDENT A L’ETRANGER Il ne faut pas ignorer les chercheurs nationaux résidant à l’étranger. Ils peuvent aider à mettre en place le trafic de communications lors de l’étape initiale d’utilisation, épauler les nouveaux utilisateurs depuis leur pays de résidence et, par la suite, canaliser le flux d’échanges coopératifs. Il est normal que les nouveaux utilisateurs se sentent un peu mal à l’aise en utilisant un nouvel outil de communication : le meilleur moyen de lancer le processus d’apprentissage est de se servir des listes nationales de distribution à caractère culturel qui incluent les résidents à l’étranger. On pourra ainsi déclencher un mécanisme naturel et progressif permettant d’entretenir des contacts directs. Il est recommandé d’élaborer et de publier dès le début des répertoires d’utilisateurs. 7.4.5. COOPERATION SUD-SUD La coopération inter-régionale et, en général, la coopération Sud-Sud peuvent donner d’excellents résultats et offrent de nombreuses occasions de mener à bien des actions profitables à tous, permettant l’évaluation et le partage des expériences acquises. VIII - CONCLUSION Nous espérons que cet article ne sera plus d’actualité d’ici quelques années, lorsque dans tous les pays de nombreux utilisateurs auront accès aux réseaux de la recherche. Les concepteurs de réseaux devront alors faire face à de nouveaux défis pour satisfaire davantage encore les utilisateurs : améliorer les interfaces utilisateur, continuer à développer la technologie, développer des applications, mettre à jour les répertoires, apporter une formation et une assistance de qualité à l’utilisateur, participer à l’intégration régionale, etc. REFERENCES 1. Quarterman, J. S. The Matrix: Computer Networks and Conferencing Systems Worldwide, Bedford, Digital Press, 1990. 2. Landweber, L. "International Connectivity", Internet Society News, Vol. 1, nº 2, pp. 49-52, été 1992. 3. Pimienta, D. "Latin American and Caribbean, networking perspectives", Internet Society News, Vol. 1, nº 1, p.8, hiver 1992. 4. Chukwudozie Ezigbalike, I. et Ochuodho, Shem J. E-Mail for Developing Countries - What they never tell you about it, communication présentée lors de la AITEC South Conference, Harare, novembre 1991. 5. Plusieurs articles plus ou moins relatifs aux réseaux de la recherche et publiés dans Calidad, Tecnología y Globalización en la Educación Superior Latinoamericana, UNESCO/CRESALC, juillet 1992, parmi lesquels il convient de citer : 5.1. Silvio, J. F. "Dimensión tecnológica de la calidad en la educación superior", pp. 9-59 5.2. Cartier, M. "Un nuevo modelo de acceso al conocimiento", pp. 119-157 5.3. Cloutier, J. "EMEREC, la comunicación audio-scripto-visual y la telemediática", pp. 159-173 5.4. Casas Armengol, M. "Calidad y tecnología informática en la educación superior latinoamericana", pp. 177-222 5.5. Pimienta, D. "Integrar la comunidad académica latinoamericana: un desafío para las redes telemáticas", pp. 331-367 5.6. E. Richards, "Nuevas tecnologías e integración académica en América Central: experiencia de la red universitaria centroamericana de información científica (REDCSUCA)”, pp. 379-388 5.7. Loran Santos, R. et Perez Colon, R. "La red CUNET y la integración académica en el Caribe", pp. 389-396 5.8. Lanfranco, S. "Uso de redes electrónicas y cooperación hemisférica en la educación superior", pp. 397-414 5.9. Utsumi, T. "Hacia una Universidad Global Electrónica Latinoamericana", pp. 417-442 5.10. Liendo, P. "Un modelo conceptual para el análisis del mercado potencial de servicios telemáticos", pp. 493-512 6. UNESCO.”Guidelines for a computer network interconnection of the African Countries“ document du Programme PII, 1992. 7. Instituto para América Latina (IPAL) "Edición especial sobre las redes de investigación e información", Carta Informativa NTC/NCT, Vol. VI, nº 14, Lima, mai 1991 8. Ruth, S., Utreras, F. et Brescia, R. P. "The South American Scientific Network: an attainable, low cost, high yield reality", Interciencia, Vol. 15, nº 5, septembre-octobre 1990 9. OCDE. Main Science and Technology Indicators, 1992. 10. UNESCO. Statistical Yearbook, 1992. 11. Academia de Ciencias de América Latina (ACAL). Encuesta para el Diagnóstico de la situación de la investigación en América Latina y el Caribe, 1991. 12. UNESCO/CRESALC. Visión Cuantitativa de la Educación Superior en América Latina y el Caribe, avril 1991. 13. Saunders, R. J. et al. Telecommunications and Economic Development, Washington, Banque Mondiale, 1983. 14. Pimienta, D. "The peruvian network", Internet Society News, Vol. 1, nº 2, p. 8, hiver 1992. 15. Pimienta, D. "The dominican network", Internet Society News, Vol. 1, nº 3, 1992. 16. Renaud, P. "RIO : un Réseau Inter-tropical d'Ordinateurs pour la recherche en coopération", Orstom Actualités, nº 34, 1992. REMERCIEMENTS Cet article est une synthèse des travaux réalisés pendant plusieurs années par l’auteur et une équipe de professionnels. Plusieurs personnes ont contribué par leurs idées, directement ou indirectement, à la conceptualisation du modèle REDALC, et en ce qui concerne cet article, tout particulièrement José Soriano, actuel Directeur du Réseau Scientifique Péruvien.